Loi anti-fast fashion adoptée par le Sénat : vers la fin du modèle Shein ?
Mercredi 10 juin 2025, le Sénat a adopté avec 337 voix pour, 1 contre et 3 abstentions la proposition de loi visant à réduire l’impact environnemental de l’industrie textile, côté Sénat enrichie et revisitée en commission et en séance. Cette loi a pour ambition de freiner une partie de l’offre textile la plus néfaste, en ciblant tout particulièrement les plateformes à production ultra-rapide comme Shein.
Pourquoi une loi ciblant la fast fashion ?
La France enregistre la mise sur le marché de 3,3 milliards de vêtements en 2022, soit plus de 48 articles par habitant et une augmentation d’un milliard de pièces en dix ans. Cette explosion correspond à la montée de la « fast fashion », caractérisée par un renouvellement permanent des collections et des prix très bas. L’industrie textile est responsable de 10% des émissions mondiales de CO₂, plus que le transport mondial et aérien réunis.
La loi prévoit notamment :
- Interdiction de la publicité pour les produits et entreprises d’ultra-fast fashion, incluant les influenceurs
- Éco-contributions modulables selon l’impact environnemental
- Information renforcée des consommateurs sur l’impact écologique et les alternatives durables
- Contribution au recyclage national, priorisant les infrastructures européennes
- Encouragement à la réparation et incitation au réemploi
Le Sénat a affiné la définition juridique, notamment via une distinction claire entre ultra-fast fashion et fast fashion classique, afin de ne pas pénaliser les acteurs européens comme Zara, H&M ou Kiabi.
Shein : cible prioritaire
Le texte vise expressément les plateformes chinoises à production massive. Shein, avec en moyenne 7 220 nouveautés par jour, se retrouve dans le collimateur du Sénat. Pour comparaison, H&M propose en moyenne 290 nouveautés et Zara 50.
Le sénateur Longeot souligne que le texte cible uniquement « ceux qui ignorent les réalités environnementales, sociales et économiques ». Contrairement, acteurs locaux et européens sont considérés comme filières durables et structurantes du tissu économique national.
Des mesures concrètes et contraignantes
Parmi les outils introduits :
- Publicité interdite pour les produits d’ultra-fast fashion, y compris via les influenceurs
- Taxe sur les petits colis importés hors UE, de 2 à 4 €, pour décourager les achats bon marché sans impact CO₂ reflété
- Éco‑contribution modulable selon le profil écologique du produit
- Obligation d’accompagnement publicitaire rappelant les alternatives circulaires (seconde main, réparation)
Ces mesures sont conçues pour renforcer la résilience du textile national et responsabiliser le consommateur.
Large consensus politique mais vigilance sur ses effets
Le texte a été adopté à « quasi-unanimité », avec 337 votes favorables sur 341, illustrant l’importance accordée à ce sujet. L’unique vote contre, attribué au socialiste Rachid Temal, serait dû à une erreur technique lors du scrutin.
Le gouvernement, représenté par Agnès Pannier-Runacher et Véronique Louwagie, a salué un « texte aussi ambitieux qu’espéré », actant une réponse forte face à cette « invasion » de produits à bas coût.
Une prochaine étape européenne
Le texte doit désormais passer en commission mixte paritaire (CMP) à l’automne. Il sera également soumis à la Commission européenne, qui dispose d’un droit d’avis avant sa mise en œuvre.
Parallèlement, la France pousse pour lever l’exonération douanière sur les colis de faible valeur (moins de 150 €) et renforcer le rôle de la DGCCRF et des douanes. Des voix plaident même pour un système à l’échelle européenne.
En conclusion
Avec l’adoption du Sénat, la France marque un pas important vers une régulation exigeante de la fast fashion, portée par l’idée que la consommation bas carbone et localisée doit devenir la norme. Le texte vise d’abord les plateformes ultra-rapides comme Shein ou Temu, tout en ménageant le tissu industriel français.
Pour les acteurs e-commerce français, cette loi est un signal fort : la régulation est en marche. D’ici l’automne et la phase finale en CMP, ils disposent d’un répit pour adapter leurs modèles et stratégies.
