La Poste et Temu : l’Alliance du Commerce dénonce un partenariat dangereux

La Poste et Temu : l’Alliance du Commerce dénonce un partenariat dangereux

Quelques jours après l’annonce du partenariat logistique entre La Poste et Temu, les réactions ne se sont pas fait attendre. L’Alliance du Commerce et la Fédération Procos, qui représentent des centaines d’enseignes et de retailers français, dénoncent dans un communiqué conjoint un accord jugé “dangereux pour le commerce, les consommateurs et les territoires”.

L’organisation appelle le Gouvernement à intervenir face à ce qu’elle considère comme une incohérence majeure entre les discours politiques sur la souveraineté économique et les pratiques d’une entreprise publique comme La Poste.

Un partenariat qui suscite la controverse

Le 15 octobre, Temu annonçait un protocole d’accord avec La Poste, via sa filiale Colissimo, pour renforcer sa logistique en France. L’objectif : faciliter les livraisons des produits commandés sur la plateforme et développer des services “local-to-local” à destination des vendeurs français.

Un rapprochement stratégique pour le géant chinois du e-commerce, déjà fort de 16 millions d’utilisateurs actifs mensuels en France, et de plus de 115 millions en Europe, selon ses données internes.
Mais pour l’Alliance du Commerce, ce partenariat fragilise la concurrence loyale en facilitant l’expansion d’un acteur régulièrement mis en cause pour ses pratiques.

“La Poste ne peut pas être le cheval de Troie de Temu”

Dans un communiqué publié le 16 octobre, Yohann Petiot, directeur général de l’Alliance du Commerce, dénonce un double discours :

“La Poste — entreprise publique — choisit de faciliter l’implantation d’une plateforme condamnée pour non-respect des règles et mise en danger des consommateurs. Le double discours des responsables politiques n’est plus supportable : on ne peut pas, d’un côté, vouloir sauver le commerce implanté en France et, de l’autre, dérouler le tapis rouge à des acteurs étrangers qui contournent les règles.”

L’organisation fait référence à la mise en demeure adressée à Temu par la Commission européenne le 28 juillet 2025, pour non-respect du Digital Services Act (DSA). Bruxelles reproche à la plateforme un manque de transparence sur ses algorithmes et des manquements en matière de sécurité des produits.

Des risques économiques et sociaux pour le commerce local

Au-delà du symbole, les fédérations professionnelles s’inquiètent des conséquences concrètes de cette alliance sur le tissu commercial français.
Selon leurs analyses, ce partenariat accentue la pression concurrentielle sur les enseignes locales et les marketplaces européennes, déjà confrontées à des marges en baisse et à une hausse des coûts logistiques.

Le taux de vacance commerciale atteint aujourd’hui 11% en moyenne dans les centres-villes français, et jusqu’à 17% dans les galeries marchandes. Pour l’Alliance du Commerce, favoriser Temu, qui bénéficie de tarifs postaux préférentiels et d’exemptions douanières, revient à affaiblir encore un peu plus le commerce physique.

Des produits à bas prix mais souvent non conformes

Autre point de tension : la sécurité des consommateurs.
Les associations rappellent que Temu, comme son concurrent Shein, est régulièrement critiqué pour la vente de produits non conformes aux normes européennes, notamment des jouets, des vêtements ou des appareils électroniques ne respectant pas les règles sanitaires ou de sécurité.

Le partenariat logistique avec La Poste risquerait selon elles de faciliter l’entrée sur le territoire de ces produits, sans contrôle suffisant, créant ainsi un risque sanitaire et réglementaire pour les consommateurs.

Une demande de réaction politique

Dans ce contexte, l’Alliance du Commerce et Procos appellent le Gouvernement français à clarifier sa position.
Alors que Bercy prévoit d’instaurer une taxe de 2 euros sur les petits colis en provenance de plateformes étrangères, les fédérations estiment que cette mesure reste largement insuffisante face à l’ampleur du phénomène.
Elles citent en exemple la taxe temporaire américaine, pouvant atteindre 100 euros par colis, appliquée à certains produits importés depuis la Chine.

Les deux organisations réclament une série de mesures plus ambitieuses :

  • le rétablissement des droits de douane pour les colis de moins de 150 euros, aujourd’hui exemptés ;
  • l’instauration d’un véritable frais de gestion européen sur les petits envois ;
  • la dénonciation de la convention postale universelle, qui permet aux expéditeurs chinois de bénéficier de tarifs postaux avantageux ;
  • et un renforcement des contrôles sur les plateformes de e-commerce non européennes.

Une polémique révélatrice des tensions autour du “made in Europe”

L’affaire Temu-La Poste met en lumière un enjeu central pour le commerce européen : celui de la souveraineté économique et numérique.
Entre la recherche d’efficacité logistique et la nécessité de préserver un cadre de concurrence équitable, les États membres peinent à trouver un équilibre.

Si La Poste justifie ce partenariat par une volonté de mieux encadrer les flux internationaux et de faciliter les échanges avec les vendeurs français, les acteurs du commerce physique y voient avant tout une menace systémique pour les circuits économiques locaux.

Dans un contexte où les plateformes chinoises renforcent leur présence et où les régulateurs européens multiplient les mises en garde, cette controverse illustre la fragilité du modèle français du commerce omnicanal face à la mondialisation numérique.