+26% de colis chinois en Europe : Bruxelles prépare une taxe d’urgence pour juillet

+26% de colis chinois en Europe : Bruxelles prépare une taxe d'urgence pour juillet

L’Europe est confrontée à une déferlante logistique. En 2025, 5,8 milliards de colis e-commerce de faible valeur sont entrés sur le territoire de l’Union européenne, soit une hausse de 26% en un an, selon la Commission européenne. Une progression tirée par les plateformes chinoises comme Temu et Shein, qui exploitent à grande échelle une faille douanière devenue centrale dans le débat sur l’avenir du commerce européen.

Face à ce qu’elle qualifie désormais de dynamique « insoutenable », Bruxelles s’apprête à dégainer une première réponse concrète : une taxe forfaitaire de 3 euros par colis dès le 1er juillet 2026.

5,8 milliards de colis : le chiffre qui alarme Bruxelles

Le chiffre donne la mesure du phénomène. En un an, près de six milliards de petits colis, d’une valeur inférieure à 150 euros, ont franchi les frontières de l’Union. Ces envois bénéficient aujourd’hui de la règle dite du “de minimis”, qui les exonère de droits de douane.

Nombre de colis de moins de 150 euros entrant dans l'UE

Cette exemption, pensée à l’origine pour simplifier les échanges internationaux occasionnels, est devenue un levier industriel pour certains acteurs du e-commerce transfrontalier. En multipliant les envois unitaires, les plateformes asiatiques parviennent à contourner les barrières fiscales classiques, tout en maintenant des prix extrêmement bas pour le consommateur final.

Selon la Commission européenne, 65% de ces colis seraient sous-déclarés, afin de rester artificiellement sous le seuil des 150 euros. Un phénomène massif, qui fragilise à la fois les finances publiques et la concurrence loyale.

Le coupable : L’exemption « De Minimis »

Pourquoi cette explosion ? À cause d’une faille réglementaire : la règle « de minimis ». Elle permet à tout colis de moins de 150 € d’entrer sans droits de douane.

  • Le résultat : Temu et Shein ont industrialisé l’envoi de millions de petits paquets individuels pour passer sous les radars.
  • La fraude : La Commission estime que 65% de ces colis sont sciemment sous-déclarés pour éviter les taxes.

Le lien avec la consommation : Cette stratégie répond parfaitement à la demande des Français. Comme le révélait récemment le Baromètre BPCE 2025, les dépenses sur les plateformes d’ultra-discount ont explosé de +69% cette année.

1er juillet 2026 : la riposte européenne avec une taxe de 3 euros

L’Europe ne veut plus être le « dépotoir » du e-commerce mondial. Surtout depuis que les États-Unis ont supprimé leur propre règle « de minimis » en 2024, redirigeant mécaniquement les flux chinois vers le Vieux Continent. Le plan de bataille :

  1. Dès le 1er juillet 2026 : Mise en place d’une taxe forfaitaire de 3 euros par colis (mesure transitoire).
  2. À terme : Suppression totale de l’exemption douanière sous 150 €.

Cette mesure vise à renchérir artificiellement les produits à 5 ou 10 euros, pour redonner de l’oxygène aux commerçants européens qui, eux, paient toutes les taxes.

L’effet domino après le virage des États-Unis

L’urgence européenne s’explique aussi par le contexte international. En 2024, les États-Unis ont supprimé leur propre règle de minimis, fermant brutalement l’accès à leur marché pour une partie des flux chinois à bas coût.

Conséquence directe : une redirection massive des exportations vers l’Europe, devenue le principal marché accessible pour ces acteurs. Alors que Donald Trump a récemment mis en pause ses menaces de nouvelles taxes contre l’Union européenne, Bruxelles doit désormais gérer un autre front commercial, moins visible mais tout aussi stratégique.

Logistique : la nouvelle arme des plateformes chinoises

La bataille ne se joue plus uniquement sur les taxes. Elle est aussi logistique. Cette stratégie de saturation des flux fait écho à l’ouverture récente d’entrepôts européens par TikTok pour les vendeurs asiatiques. L’objectif est clair : combiner prix bas et livraison rapide, en réduisant les délais à 48 heures sur certains marchés.

Shein et Temu suivent une trajectoire similaire, en investissant progressivement dans des infrastructures locales. Une évolution qui rapproche leur modèle de celui des grands acteurs occidentaux, tout en conservant un avantage coût difficile à combler.

Vers un durcissement durable du commerce cross-border ?

La taxe de 3 euros prévue par l’UE pourrait n’être qu’une première étape vers une réforme plus large du commerce transfrontalier. Bruxelles cherche à reprendre le contrôle d’un flux devenu massif, tout en protégeant ses industries locales.

Mais une question demeure : ces mesures suffiront-elles à freiner la machine low-cost chinoise, ou assistera-t-on à une adaptation rapide des plateformes, capables d’absorber ou de contourner ces nouvelles contraintes ?