Ce que l’accord commercial UE–États-Unis à 15% va changer pour les e-commerçants européens
L’Union européenne et les États-Unis ont conclu un accord commercial majeur le 27 juillet 2025, à l’issue d’une rencontre entre Ursula von der Leyen et Donald Trump en Écosse. Cet accord fixe désormais à 15% les droits de douane sur la majorité des exportations européennes vers les États-Unis. Une décision qui marque un tournant dans les relations commerciales transatlantiques, avec des conséquences concrètes pour les marchands français tournées vers l’export.
« C’est un bon accord, c’est un accord énorme, avec des négociations difficiles », a déclaré Ursula von der Leyen.
« C’est un accord très puissant, c’est un accord très important, c’est le plus important de tous les accords », a renchéri Donald Trump.
Un accord de dernière minute pour éviter la guerre commerciale
Initialement, Donald Trump menaçait d’imposer une taxe de 30% sur les produits européens dès le 1er août. L’accord trouvé, même s’il représente une concession pour Bruxelles, permet d’éviter une escalade tarifaire. Jusqu’à présent, les droits de douane moyens appliqués aux produits européens étaient estimés à 13%, selon le CEPII. Le passage à 15% vient entériner cette hausse au lieu de revenir aux niveaux d’avant Trump, autour de 3 à 5%.
Quelles sont les marchandises concernées ?
La quasi-totalité des exportations européennes sont désormais concernées par cette taxe uniforme de 15%. Toutefois, des exemptions stratégiques ont été actées :
- Zéro pour zéro sur les composants aéronautiques, certains équipements électroniques, produits agricoles ciblés, ressources naturelles, matières premières critiques, et produits chimiques spécifiques.
« Nous avons stabilisé à un taux unique de 15% pour la majorité des exportations européennes. Ce plafond donne de la clarté à nos entreprises. Pas d’empilement de taxes. C’est essentiel », a précisé Ursula von der Leyen.
Et pour l’automobile, l’acier et les médicaments ?
L’automobile reste bien soumise aux 15%, alors qu’elle faisait l’objet de discussions tendues. L’acier et l’aluminium, eux, restent soumis à des droits de douane plus élevés (jusqu’à 50%), avec un quota bilatéral désormais mis en place. Concernant les produits pharmaceutiques, l’accord n’en fait pas mention explicite, ce qui pourrait laisser la porte ouverte à de futures tensions commerciales dans ce secteur clé pour l’Europe.
« Les produits pharmaceutiques sont très spéciaux. Nous ne pouvons pas nous permettre de dépendre d’autres pays », a déclaré Donald Trump, suggérant une volonté de relocalisation accrue.
Une opportunité géopolitique à double tranchant
L’Union européenne a également accepté d’investir 600 milliards de dollars aux États-Unis et de s’engager à hauteur de 750 milliards d’achats d’énergie américaine, notamment pour remplacer le gaz russe. Un volet énergétique stratégique, mais qui constitue une concession politique et économique de poids.
« Nous sommes en train de bâtir une vraie politique économique extérieure. Et pour cela, nous avons commencé par renforcer notre marché intérieur », a déclaré Ursula von der Leyen.
Et maintenant ? Vers une nouvelle phase de négociation
Cet accord reste provisoire. Il offre un cadre de coopération et d’assouplissement potentiel des barrières tarifaires à l’avenir. Mais plusieurs points de friction subsistent, selon Donald Trump. L’administration américaine pourrait encore renforcer la pression sur certains produits stratégiques si l’objectif de réduction du déficit commercial n’est pas atteint.
« Les États-Unis ont un déficit de 200 milliards d’euros avec l’Union européenne. Ce déséquilibre n’est plus acceptable », a insisté Donald Trump.
Une « soumission » pour François Bayrou, des réactions politiques critiques en France
L’accord ne fait cependant pas l’unanimité, notamment du côté français. Le Premier ministre François Bayrou a vivement réagi sur X (anciennement Twitter), dénonçant « un jour sombre » pour l’Europe :
Il critique un déséquilibre dans les concessions faites par Bruxelles face à Washington, en particulier sur l’énergie et l’investissement.
Même prudence du côté des ministres concernés. Laurent Saint-Martin, ministre du Commerce extérieur, a reconnu sur France Inter que « l’accord est déséquilibré », en pointant notamment l’absence de volet sur les services numériques, secteur dans lequel les États-Unis disposent d’un large excédent commercial vis-à-vis de l’Europe.
Quels impacts pour les e-commerçants français ?
1. Des coûts d’exportation en hausse : Les marchands français vendant via Amazon.com, Etsy ou leur propre site verront leurs marges réduites ou devront rehausser leurs prix pour compenser cette nouvelle barrière tarifaire. Cela risque d’affecter la compétitivité des produits français sur le marché américain, où le panier moyen reste élevé, mais où la concurrence est forte.
2. Une pression sur certains secteurs clés : Les secteurs mode, beauté, maison, alimentaire premium ou technique pourraient être les plus touchés, notamment ceux misant sur le savoir-faire français et une image de marque haut de gamme.
3. Des chaînes d’approvisionnement perturbées : Pour les e-commerçants sourçant des composants depuis les États-Unis (ex. tech, cosmétique, design), le renchérissement des importations pourrait peser sur la logistique et la rentabilité.
4. Une hausse des prix pour les consommateurs américains ? Si la taxe est payée par l’importateur américain, elle pourrait être répercutée sur les prix finaux. Ce qui, à terme, risque de ralentir la demande de produits européens aux États-Unis.
Ce que doivent retenir les e-commerçants
Pour les marchands, il est donc crucial de :
- Évaluer leur exposition au marché américain et ajuster leur logistique et leur politique tarifaire ;
- Explorer les solutions de stockage local (FBA, 3PL) pour réduire l’impact douanier ;
- Se tenir informé des exemptions à venir, via un accompagnement douanier ou juridique spécialisé ;
- Réévaluer les investissements et arbitrer selon les marchés les plus rentables.
Conclusion : vers un nouveau rapport de force transatlantique ?
Cet accord marque un tournant dans les relations commerciales UE–USA, à la fois par sa portée symbolique et ses implications pratiques pour les entreprises européennes. Si certains y voient un compromis réaliste pour éviter une guerre tarifaire, d’autres, comme François Bayrou, dénoncent une capitulation économique.
Reste à savoir si l’Union européenne parviendra à contrebalancer ce déséquilibre apparent dans les mois à venir, en renégociant certains volets stratégiques, notamment les services numériques et les investissements croisés.
