Amazon ASCS : l’offensive logistique qui devient le cauchemar d’UPS et FedEx

Amazon ASCS : l’offensive logistique qui devient le cauchemar d’UPS et FedEx

Amazon vient de changer de dimension logistique. Le 4 mai 2026, le groupe a annoncé le lancement d’Amazon Supply Chain Services (ASCS), une offre qui ouvre l’intégralité de son infrastructure de transport, de stockage et de livraison à toutes les entreprises, y compris celles qui ne vendent pas sur sa marketplace.

Amazon ne se contente plus d’expédier des produits : il propose désormais d’orchestrer toute la chaîne logistique d’une entreprise, depuis l’usine jusqu’au client final. Pour les e-commerçants et les marques, la question devient stratégique : faut-il confier sa distribution physique à un acteur qui est aussi un concurrent direct ?

De l’entrepôt à la plateforme : Amazon transforme sa logistique en produit

Pendant plus de vingt ans, Amazon a construit une infrastructure logistique hors norme pour soutenir sa croissance. Cette machine repose aujourd’hui sur un réseau massif, capable d’absorber des volumes que peu d’acteurs peuvent égaler. Le groupe dispose notamment de dizaines de milliers de remorques, d’une flotte aérienne dédiée et d’un maillage de plus de mille sites logistiques dans le monde.

Cette organisation permet aujourd’hui de livrer 13 milliards d’articles par an, avec des délais qui sont devenus un standard du marché. Jusqu’ici, cette capacité était réservée aux produits vendus sur Amazon et aux marchands utilisant Fulfillment by Amazon (FBA).

Le modèle a fait ses preuves. Depuis son lancement en 2006, plus de 80 milliards d’unités ont transité via FBA, et les vendeurs utilisant ces solutions observent en moyenne près de 20% de ventes supplémentaires.

Avec ASCS, Amazon change d’échelle. Cette infrastructure, conçue pour son propre usage, devient un produit commercial. Peter Larsen, vice-président d’Amazon Supply Chain Services, résume cette bascule :
« Nous mettons à disposition des entreprises l’infrastructure, l’intelligence et l’échelle que nous avons développées pour Amazon, comme nous l’avons fait avec AWS pour le cloud. »

Une offre end-to-end pour simplifier une chaîne logistique fragmentée

L’un des principaux freins à l’internationalisation reste la complexité logistique. Transport, douanes, stockage, distribution, livraison : chaque étape implique généralement un prestataire différent, avec peu de visibilité globale.

C’est précisément ce que vise ASCS. Amazon propose de regrouper l’ensemble de ces briques au sein d’un seul écosystème, avec une promesse claire : réduire la fragmentation opérationnelle.

Dans les faits, l’offre couvre l’ensemble du parcours produit. Elle permet d’acheminer des marchandises depuis les sites de production, souvent situés en Asie, jusqu’aux centres de distribution, puis jusqu’au client final, en passant par une gestion intégrée des stocks.

Amazon Supply Chain Services - fonctionnement

Un point clé réside dans la gestion de l’inventaire. Amazon met en avant une logique de stock unifié, permettant à une marque d’utiliser un même pool de produits pour alimenter plusieurs canaux simultanément : site e-commerce, marketplaces, réseaux sociaux ou distribution physique.

Cette centralisation transforme la logistique en levier commercial. En rapprochant les stocks des zones de demande et en optimisant leur allocation, Amazon promet une amélioration directe des délais de livraison et de la disponibilité produit.

Des industriels et des retailers déjà engagés

Amazon ne lance pas cette offre sans clients. Plusieurs grands groupes utilisent déjà ces capacités dans leur chaîne logistique. Dans l’industrie, Procter & Gamble s’appuie sur Amazon pour transporter ses matières premières et ses produits finis, tandis que 3M utilise le réseau pour connecter ses sites de production à ses centres de distribution.

Côté retail, Lands’ End exploite le stock unifié pour alimenter plusieurs canaux de vente, et American Eagle s’appuie sur le réseau de livraison d’Amazon pour expédier ses commandes e-commerce.

Andrew McLean, CEO de Lands’ End, souligne l’intérêt opérationnel :
« Positionner les stocks plus près des clients nous permet de les atteindre plus rapidement, notamment lors des périodes de forte activité. »

Ces cas d’usage montrent que la cible dépasse largement les vendeurs marketplace. Amazon vise désormais les marques internationales, les industriels et les entreprises omnicanales.

Une onde de choc immédiate sur le marché logistique

L’annonce a eu un effet immédiat en Bourse. Les principaux acteurs de la logistique ont vu leur valorisation chuter dans la foulée. UPS et FedEx ont enregistré des baisses significatives, tout comme XPO et GXO.

Cette réaction traduit une réalité simple : Amazon ne se positionne plus seulement comme un donneur d’ordre, mais comme un concurrent direct sur le marché de la logistique.

Historiquement, Amazon dépendait en partie de ces acteurs pour ses livraisons. En internalisant progressivement ses capacités, le groupe a réduit cette dépendance. Avec ASCS, il franchit une étape supplémentaire en monétisant directement son infrastructure.

Pour les acteurs traditionnels, le risque est double : perdre un client majeur et faire face à un nouvel entrant disposant déjà d’une échelle industrielle.

Une logique inspirée d’AWS, appliquée au physique

Le parallèle avec Amazon Web Services n’est pas anodin. AWS est né d’un besoin interne, avant de devenir un standard du marché du cloud. Avec ASCS, Amazon applique la même logique à la logistique. Le groupe transforme une infrastructure interne en service accessible à des tiers, avec un objectif clair : standardiser la supply chain comme un service externalisé.

Pour les entreprises, cela signifie qu’il devient possible de déléguer entièrement la gestion logistique, sans investir dans des infrastructures lourdes. Mais cette externalisation pose aussi une question de dépendance. Comme pour le cloud, les entreprises doivent arbitrer entre gain d’efficacité et perte de contrôle.

Mon Analyse : Le « Supply Chain as a Service »

Le lancement d’ASCS confirme une évolution : Amazon ne vend plus seulement des produits, mais des infrastructures.

Après avoir loué ses serveurs (AWS) et vendu son trafic (Amazon Ads), l’entreprise loue son réseau routier et ses entrepôts. La méthode est toujours la même : Amazon construit un système fermé pour résoudre ses propres limites, atteint une masse critique inatteignable par la concurrence, puis loue ce système au reste du monde pour amortir ses coûts de structure.

Pour les e-commerçants, la décision relève de l’équilibrisme. Confier l’intégralité de sa logistique end-to-end à ASCS, c’est s’assurer une vitesse d’exécution redoutable sans investir un centime en « Capex » (dépenses d’investissement). C’est pouvoir rivaliser avec la promesse client d’Amazon.

Mais c’est aussi un pacte de dépendance. Amazon devient un triptyque effrayant : le canal de vente (la marketplace), le partenaire technologique (cloud) et le prestataire logistique (ASCS). Un acteur tout-puissant, capable de voir l’intégralité de vos flux, depuis le fournisseur chinois jusqu’au taux de retour de vos clients. ASCS vient de commoditiser la logistique e-commerce, reste à savoir si les marchands accepteront de donner la clé de leur entrepôt à l’acteur le plus dominant du marché.