Pourquoi Amazon a fait bloquer l’IA shopping de Perplexity par la justice
Aux États-Unis, Amazon vient d’obtenir une injonction judiciaire contre Perplexity, l’éditeur du navigateur IA Comet, qui permet à un agent intelligent d’effectuer des achats pour le compte d’un utilisateur.
La décision marque l’un des premiers affrontements juridiques majeurs autour du commerce agentique, un modèle où des intelligences artificielles agissent directement comme des acheteurs.
En bref : ce qu’il faut retenir
- Un juge fédéral américain a ordonné le blocage temporaire de l’agent IA de Perplexity sur Amazon.
- Le navigateur Comet permettait à un assistant IA de rechercher et acheter des produits directement sur Amazon pour le compte des utilisateurs.
- Amazon accuse Perplexity d’avoir accédé à son site sans autorisation et d’avoir contourné ses protections techniques.
- Le tribunal estime qu’Amazon a présenté des preuves solides d’accès non autorisé aux comptes utilisateurs.
- L’affaire pose une question centrale pour le futur du commerce agentique : qui contrôle l’accès aux plateformes lorsque les achats sont effectués par des agents IA ?
Un navigateur IA capable d’acheter à la place des utilisateurs
Perplexity développe depuis plusieurs mois Comet, un navigateur intégrant un assistant capable d’interagir avec des sites web pour effectuer des actions complexes.
Concrètement, un utilisateur peut demander à l’IA :
- de chercher un produit
- de comparer plusieurs offres
- puis d’effectuer l’achat directement sur un site e-commerce
Dans le cas d’Amazon, l’agent pouvait se connecter au compte de l’utilisateur et finaliser la commande automatiquement.
Cette approche correspond à la logique du commerce agentique, un modèle dans lequel l’interface d’achat devient une IA plutôt qu’un site web ou une application.
Amazon accuse Perplexity d’accès non autorisé
Amazon a intenté une action en justice contre Perplexity en novembre, accusant la startup d’accéder à son site sans autorisation.
Selon la plainte, les agents de Perplexity auraient :
- accédé à des sections protégées du site Amazon
- utilisé des comptes clients nécessitant un mot de passe
- et masqué leur identité en se faisant passer pour un navigateur classique
Amazon affirme notamment que le navigateur Comet imitait le comportement d’une session Google Chrome, afin d’éviter d’être identifié comme un agent automatisé.
L’entreprise indique avoir demandé à plusieurs reprises à Perplexity de cesser ces pratiques, sans succès.
La justice donne raison à Amazon
Dans sa décision rendue début mars, une juge fédérale de San Francisco a accordé à Amazon une injonction préliminaire bloquant l’accès de Comet au site du distributeur.
Le tribunal estime qu’Amazon a présenté des preuves solides d’accès non autorisé à ses systèmes.
La juge a notamment établi une distinction importante :
les agents de Perplexity accédaient bien aux comptes avec l’autorisation de l’utilisateur, mais sans l’autorisation d’Amazon.
Cette nuance est au cœur du débat juridique.
Perplexity soutient que ses utilisateurs ont le droit de choisir quel assistant utiliser pour effectuer leurs achats en ligne.
Amazon, de son côté, considère que ces agents peuvent :
- mettre en danger les données clients
- dégrader l’expérience d’achat
- ou perturber ses systèmes techniques.
La décision empêche donc temporairement Perplexity :
- d’accéder aux comptes Amazon
- d’effectuer des achats
- ou de collecter des données issues du site.
Une bataille qui dépasse la simple cybersécurité
Derrière le débat juridique se cache un enjeu économique majeur.
Amazon affirme que ces agents automatisés peuvent perturber son écosystème technologique, notamment ses systèmes publicitaires.
Lorsqu’un utilisateur navigue sur Amazon, la plateforme affiche de nombreuses publicités sponsorisées.
Si un agent IA effectue directement la recherche et l’achat, ces étapes peuvent être contournées.
Amazon explique également que le trafic généré par les agents IA doit être détecté et filtré, car les annonceurs paient uniquement pour les impressions générées par de vrais utilisateurs.
Cela oblige l’entreprise à développer de nouveaux outils pour identifier et exclure ce trafic automatisé.
Autrement dit, les agents IA ne menacent pas seulement l’expérience d’achat, mais aussi le modèle publicitaire des marketplaces.
Une tension croissante entre plateformes et agents IA
L’affaire illustre une tendance plus large : les grandes plateformes verrouillent de plus en plus l’accès à leurs données face aux agents IA.
Amazon a déjà pris des mesures similaires en bloquant de nombreux robots d’IA, y compris ceux utilisés par certains assistants conversationnels.
Dans le même temps, l’entreprise développe ses propres outils d’intelligence artificielle pour le shopping, comme :
- Rufus, un assistant intégré au site Amazon
- Buy for Me, une fonctionnalité permettant de déléguer certaines recherches à l’IA.
Cette stratégie reflète une logique classique du numérique : les plateformes veulent contrôler l’interface entre les utilisateurs et leur catalogue de produits.
Mon Analyse : la bataille pour la porte d’entrée du commerce
Le conflit entre Amazon et Perplexity révèle un enjeu central pour l’avenir du e-commerce.
Pendant vingt ans, le point d’entrée du commerce en ligne était le site web ou l’application mobile.
Avec l’IA, cette interface pourrait se déplacer vers des assistants capables d’acheter à la place des consommateurs.
Si ce scénario se généralise, les plateformes pourraient perdre le contrôle de l’expérience d’achat, y compris :
- la découverte des produits
- les publicités sponsorisées
- et les recommandations.
C’est précisément ce que les grandes marketplaces cherchent à éviter.
La décision de justice en faveur d’Amazon n’est probablement qu’une première étape.
À mesure que les agents IA deviennent capables de naviguer et d’acheter sur le web, la question du contrôle de ces interactions deviendra l’un des sujets majeurs du commerce numérique.
Lilian Grandrie-Kalinowski
COO chez E-Commerce Nation depuis plus de 7 ans. Passionné par l’écosystème e-commerce et retail, Lilian pilote l’acquisition chez E-Commerce Nation depuis 2019. Fort d’une vision 360° du secteur, il transforme les données complexes en insights actionnables pour les décideurs. Auteur de plus de 350 articles de référence sur le média, il est une voix reconnue du e-commerce en France.
