Exportations e-commerce chinoises vers les États-Unis : une chute de 65% sous l’effet des tarifs douaniers
Les plateformes comme Temu et Shein paient le prix fort de la guerre commerciale relancée par Donald Trump. Tandis que les ventes vers l’Europe explosent, les États-Unis deviennent un marché bien plus difficile à conquérir.
La guerre commerciale entre la Chine et les États-Unis connaît un nouvel épisode. Au premier trimestre 2025, les exportations e-commerce chinoises vers les États-Unis ont chuté de 65% en volume, selon les données officielles du gouvernement chinois. En parallèle, les livraisons vers l’Union européenne ont augmenté de 28%. Une redistribution géographique qui rebat les cartes du e-commerce mondial.
Temu et Shein en première ligne de la dégringolade
Les géants chinois du e-commerce, Temu et Shein, sont parmi les plus touchés. Spécialisées dans les produits à bas prix, ces plateformes reposaient en grande partie sur un modèle économique fondé sur l’exportation directe depuis la Chine vers les consommateurs américains.
Mais avec l’entrée en vigueur de nouveaux droits de douane punitifs, jusqu’à 145%, les prix de vente explosent. Bloomberg révèle que le prix moyen d’une centaine de produits dans les catégories jouets, jeux, santé et beauté a augmenté de plus de 40% en deux semaines seulement.
Quelques exemples concrets :
- Une robe d’été vendue 18,47 $ sur Temu grimpe à 44,68 $ après l’ajout de 26,21 $ de frais d’importation (+142%).
- Un maillot de bain pour enfant passe de 12,44 $ à 31,12 $.
- Un aspirateur à main vendu initialement 16,93 $ coûte désormais 40,11 $.
Temu a choisi de répercuter la quasi-totalité des taxes sur ses clients américains, fragilisant sa compétitivité. De son côté, Shein envisagerait une restructuration stratégique de ses opérations aux États-Unis pour contourner ces mesures, selon le Financial Times. Une option sur la table : délocaliser une partie de sa production vers des pays non soumis aux droits de douane américains, ce qui pourrait retarder son introduction en bourse prévue à Londres.
Vers la fin de l’exemption fiscale pour les petits colis
Si la chute des exportations s’explique en grande partie par la flambée des droits de douane, d’autres mesures aggravent la situation. Depuis le 2 mai 2025, les États-Unis ont supprimé l’exemption de droits de douane sur les colis d’une valeur inférieure à 800 $.
Une décision qui rappelle le « Brexit effect » : au Royaume-Uni, la fin des accords douaniers avec l’Union européenne a rendu de nombreux achats transfrontaliers peu intéressants économiquement. Les consommateurs américains pourraient bientôt vivre une expérience similaire, freinant encore davantage leurs achats sur des plateformes comme Temu et Shein.
Amazon, Walmart et la bataille politique
Même les géants américains ne sont pas épargnés. Selon le South China Morning Post, Walmart aurait annoncé à ses fournisseurs chinois qu’il prendrait en charge les taxes d’importation afin de rester compétitif sur le marché domestique.
Du côté d’Amazon, une rumeur évoquant la volonté d’afficher le détail des droits de douane sur les fiches produit a déclenché une polémique à la Maison Blanche. Amazon a clarifié qu’il avait simplement « envisagé l’idée » mais qu’aucune décision officielle n’avait été prise.
Guerre commerciale : vers un basculement durable ?
Ces tensions ne sont pas nouvelles, mais les mesures actuelles pourraient marquer un tournant durable dans le paysage mondial du e-commerce. La stratégie protectionniste américaine vise à relancer la production nationale, mais elle impacte directement les consommateurs qui voient les prix s’envoler.
En réponse, la Chine reste ferme. Dans une vidéo publiée récemment, le gouvernement chinois a déclaré qu’il ne comptait pas « plier le genou » face à ces mesures, qualifiant la stratégie américaine de « poison pour étancher la soif ».
L’Europe, nouveau terrain de jeu stratégique
Face à ces tensions avec Washington, les acteurs du e-commerce chinois redirigent leurs efforts vers l’Europe. Les chiffres sont sans appel : les exportations chinoises vers l’UE ont bondi de 28% sur la même période.
Ce recentrage se traduit par une montée en puissance des campagnes marketing ciblant les consommateurs européens, une adaptation plus fine aux exigences réglementaires locales, et une recherche de partenaires logistiques plus efficaces.
Quels impacts pour la France ?
En France, cette évolution pourrait avoir plusieurs impacts majeurs :
- Concurrence accrue sur les prix dans la mode, la maison ou la beauté, où les marketplaces asiatiques sont très présentes.
- Pression sur les délais de livraison, avec l’arrivée de flux plus importants en provenance d’Asie.
- Nouvelles attentes des consommateurs, plus sensibles aux tarifs, mais aussi à la qualité, à la durabilité et aux engagements RSE.
Pour les e-commerçants français, cette reconfiguration mondiale du e-commerce représente une opportunité à saisir :
- Se différencier par des engagements éthiques, une logistique responsable ou une production locale.
- Renforcer l’expérience client, en misant sur le contenu, la personnalisation et la relation post-achat.
- Capter une partie des parts de marché laissées vacantes sur les segments fragilisés par les hausses de prix venues des États-Unis.
Alors que les géants chinois réallouent leurs budgets marketing vers l’Europe, la vigilance est de mise. Mais pour les acteurs français bien positionnés, cette mutation offre un moment stratégique pour renforcer leur compétitivité et s’imposer comme des alternatives solides, durables et locales.
