Fermeture de Rakuten France : Pixmania dénonce un processus biaisé et conteste la fin de la marketplace
Rakuten France va fermer sa marketplace d’ici à la fin de l’année 2026, faute d’avoir trouvé un repreneur jugé satisfaisant. L’information, révélée par Le Figaro puis confirmée par la direction à l’AFP, marque la fin d’un acteur historique du e-commerce français, né sous le nom PriceMinister avant son rachat par le groupe japonais Rakuten en 2010.
Mais le dossier prend désormais une tournure plus conflictuelle. Pixmania, l’un des deux candidats à la reprise, conteste fermement la version de Rakuten et affirme que son offre répondait aux critères annoncés. Pour les vendeurs tiers, les marketplaces et les retailers, l’affaire dépasse le cas d’une plateforme : elle illustre la difficulté de maintenir une marketplace généraliste dans un marché dominé par Amazon, les spécialistes et les plateformes asiatiques.
En bref : ce qu’il faut retenir
- Rakuten France fermera sa marketplace à la fin de l’année 2026, avec une période de transition pour les vendeurs et les acheteurs.
- Environ 180 salariés sont concernés par le plan social.
- Deux offres fermes auraient été déposées, dont une par Pixmania et une par un fonds étranger.
- Pixmania affirme que son projet prévoyait de conserver environ un tiers des effectifs, soit une soixantaine de salariés.
- Rakuten affirme qu’aucune offre ne remplissait ses critères de reprise.
Fermeture de Rakuten France : l’ex-PriceMinister n’a pas trouvé de repreneur
Selon les informations du Figaro, confirmées par l’AFP, Rakuten France met fin à son activité de marketplace après plusieurs mois de recherche d’un repreneur. La direction explique que les discussions avec les candidats n’ont pas permis d’aboutir à une solution “viable” pour assurer la poursuite de l’activité sur le long terme.
La fermeture concernera aussi l’Espagne, les deux pays partageant la même structure. Rakuten précise toutefois rester présent en France et en Europe via d’autres activités : Rakuten Advertising, Rakuten TV, Rakuten Kobo, Rakuten Viber, Rakuten Symphony ou encore le centre technologique Rakuten Europe à Paris.
Pour l’ancien PriceMinister, le symbole est fort. La plateforme faisait partie des pionniers du e-commerce français, avec une promesse mêlant produits neufs, occasion et marketplace ouverte. Mais son activité s’est érodée. Selon les chiffres communiqués en mai par la direction, le nombre de clients a baissé de 33% en dix ans et le trafic a reculé de 42% sur la même période. Nous avions déjà analysé cette trajectoire dans notre article sur la fin de Rakuten France et le déclin du modèle de marketplace généraliste.
Pixmania conteste la décision et défend son offre de reprise
« La fermeture annoncée a immédiatement fait réagir Pixmania. Ces dernières semaines, le dossier avait pourtant attiré plusieurs candidats sérieux : nous avions notamment évoqué les rumeurs autour de l’offre de rachat de Rakuten France par le fondateur historique de PriceMinister. Finalement, seules deux offres fermes ont été retenues, dont celle de Jean-Émile Rosenblum, CEO de Pixmania Group, qui affirme aujourd’hui contester “fermement” la version de Rakuten.
La proposition de Pixmania portait sur la reprise de l’ensemble de l’activité marketplace et prévoyait de conserver environ un tiers des effectifs, soit une soixantaine de salariés. Pixmania met aussi en avant son propre bilan : 230 emplois recréés en France en quatre ans, une présence au French Tech 120 pour la deuxième année consécutive et le soutien d’actionnaires comme Xavier Niel, MACSF, Breega ou Stéphane Levy.
Le désaccord porte désormais sur la sincérité du processus de cession. Pixmania soupçonne Rakuten d’avoir organisé cette recherche de repreneur pour répondre aux obligations de la loi Florange, qui impose à une entreprise concernée par un projet de fermeture de rechercher un repreneur et d’examiner les offres reçues. Cette obligation ne contraint pas à vendre, mais elle impose un processus sérieux et motivé.
Un point cristallise particulièrement les tensions : Pixmania affirme ne pas avoir pu présenter directement son projet au CSE de Rakuten France. Pour Jean-Émile Rosenblum, cette absence d’échange interroge la capacité des représentants du personnel à évaluer pleinement l’offre. Rakuten, de son côté, maintient que son intention a toujours été de privilégier une cession, mais qu’aucune proposition ne remplissait les critères de préservation des emplois, de conditions financières et de pérennité.
Rakuten France : une affaire qui devient politique pour la French Tech
Au-delà du dossier social, la fermeture de Rakuten France prend aussi une dimension de souveraineté numérique et commerciale. Pixmania appelle les pouvoirs publics à se saisir du sujet, estimant que la disparition de l’ex-PriceMinister fragilise un peu plus l’écosystème e-commerce français.
Plusieurs voix de la French Tech ont déjà réagi. Le député Paul Midy a publiquement soutenu l’option d’une reprise par Pixmania, au nom de la sauvegarde de l’emploi. De son côté, Philippe Corrot, PDG et cofondateur de Mirakl, a déploré un risque de “décommercialisation de la France”, en soulignant la disparition progressive de plateformes françaises face aux acteurs étrangers.
Cette réaction est cohérente avec l’enjeu : moins il existe de marketplaces alternatives puissantes en France, plus les vendeurs tiers deviennent dépendants de quelques plateformes dominantes. Selon Pixmania, l’activité Rakuten France représentait encore plus de 2 500 vendeurs et plus de 400 millions d’euros de volume d’affaires.
Marketplace généraliste : le piège de l’entre-deux
Au-delà du conflit entre Rakuten et Pixmania, cette fermeture confirme une tendance où les marketplaces généralistes intermédiaires ont de moins en moins d’espace. Rakuten vendait de tout, de l’électronique à l’électroménager, des jouets à la mode, sans disposer de l’avantage logistique d’Amazon, de la puissance prix de Temu ou Shein, ni de la spécialisation d’acteurs comme Back Market, Vinted ou Zalando.
C’est le piège du “milieu” : une plateforme trop généraliste pour être perçue comme experte, mais pas assez puissante pour rivaliser avec les géants. Même les investissements dans la modernisation de la plateforme ou l’intelligence artificielle n’ont pas suffi à inverser la tendance.
Rakuten France n’a pas trouvé sa place dans ce nouvel équilibre. Reste désormais à voir si la contestation de Pixmania rouvrira une fenêtre de négociation, ou si la fermeture annoncée marquera définitivement la fin de l’ex-PriceMinister.
Lilian Grandrie-Kalinowski
COO chez E-Commerce Nation depuis plus de 7 ans. Passionné par l’écosystème e-commerce et retail, Lilian pilote l’acquisition chez E-Commerce Nation depuis 2019. Fort d’une vision 360° du secteur, il transforme les données complexes en insights actionnables pour les décideurs. Auteur de plus de 350 articles de référence sur le média, il est une voix reconnue du e-commerce en France.
