Guerre commerciale : L’Europe riposte et gèle l’accord US, le e-commerce pris en étau
La tension commerciale entre l’Union européenne et les États-Unis monte encore d’un cran. Face aux menaces répétées de Donald Trump, le Parlement européen a décidé de geler la ratification de l’accord commercial conclu l’été dernier. Une décision politique forte qui place le e-commerce cross-border dans une zone de turbulences inédite.
Le fil de la crise : comprendre l’escalade en cours
La décision du Parlement européen s’inscrit dans une séquence rapide et cohérente, qui éclaire les enjeux actuels.
En 24h, trois épisodes clés se sont enchaînés :
- Acte 1 : Donald Trump annonce une surtaxe généralisée de 10% sur tous les biens européens à compter de février 2026, avec une menace de passage à 25% à partir de juin.
- Acte 2 : Le président américain cible explicitement la France avec une taxe de 200% sur les vins et champagnes, assumée comme une mesure politique.
- Acte 3 : En réaction, le Parlement européen suspend la ratification de l’accord commercial UE–États-Unis, signé en juillet 2025.
Ce gel n’est pas une sanction économique immédiate, mais un signal politique envoyé à Washington : l’Union européenne refuse de négocier sous la contrainte.
Un accord commercial mis “au frigo” en pleine montée des tensions
Selon plusieurs groupes politiques, une majorité s’est dégagée au Parlement européen pour suspendre le processus de ratification de l’accord conclu l’an dernier avec les États-Unis. Cet accord devait apporter une forme de stabilité après plusieurs années de tensions, en limitant certaines surtaxes américaines à 15%.
En le gelant, Bruxelles fait un choix assumé : préserver sa crédibilité politique, quitte à accroître l’incertitude économique à court terme.
Pour le e-commerce, les effets sont immédiats :
- les menaces tarifaires américaines restent actives
- le filet de sécurité juridique de l’accord disparaît
- les règles du jeu deviennent mouvantes
Dans un secteur où la visibilité est essentielle pour le pricing, cette situation est particulièrement délicate.
La riposte européenne : l’Instrument Anti-Coercition en ligne de mire
Depuis Davos, Ursula von der Leyen a martelé que la réponse européenne serait « ferme, unie et proportionnelle ». Concrètement, plusieurs leviers sont à l’étude.
Parmi eux :
- le relèvement de droits de douane européens sur des produits américains représentant jusqu’à 93 milliards d’euros
- l’activation possible de l’Instrument Anti-Coercition (ACI)
Cet outil juridique, poussé notamment par la France, permet à l’Union européenne de réagir lorsqu’un pays tiers utilise le commerce comme levier de pression politique. Il autorise notamment :
- des restrictions d’accès au marché européen
- des limitations sur les marchés publics
- le blocage de certains investissements
Pour les acteurs du e-commerce, l’ACI change la nature du risque : la guerre commerciale n’est plus théorique, elle est juridiquement outillée.
Un climat défavorable au cross-border et aux modèles D2C
Le gel de l’accord ne stoppe pas les flux du jour au lendemain. Mais il détruit la prévisibilité, un pilier du commerce transatlantique.
Désormais, plusieurs risques émergent :
- impossibilité de pricer durablement le marché américain
- exposition des stocks en transit à des changements soudains de fiscalité
- arbitrages logistiques rendus obsolètes en quelques semaines
Un modèle e-commerce pris en étau
Dans un scénario de représailles croisées, le risque est double :
- hausse des coûts technologiques si l’UE cible des services ou produits américains
- perte de compétitivité à l’export si les droits de douane américains se durcissent
Le e-commerce pourrait ainsi se retrouver pénalisé des deux côtés de l’Atlantique, sans réel levier de compensation à court terme.
