Publicité sur ChatGPT : des performances en net retrait pour les premiers tests (CTR jusqu’à 7 fois inférieur à Google)
L’industrie publicitaire et le retail attendaient ce moment avec impatience. Avec l’arrivée des annonces sponsorisées dans ChatGPT, OpenAI ouvrait potentiellement un nouveau canal d’acquisition colossal, capable de rivaliser avec le search traditionnel de Google ou le social ads.
Mais les premiers résultats observés en mars 2026 refroidissent nettement cet enthousiasme. Selon plusieurs retours d’annonceurs et d’agences, les performances des campagnes restent en dessous des standards du marché, malgré un fort intérêt des marques.
Des performances très en dessous des benchmarks du search
Les premiers indicateurs disponibles donnent une mesure claire du décalage. Certaines campagnes affichent un taux de clic autour de 0,91%, contre environ 6,4% sur Google dans des secteurs comparables.
Ce différentiel est massif. Il ne s’agit pas d’un simple ajustement de performance, mais d’un écart structurel entre deux modèles.
Dans le même temps, plusieurs annonceurs n’ont pas réussi à activer pleinement leurs budgets. Un cas mentionné évoque seulement 3% d’un budget de 250 000 dollars dépensé après plusieurs semaines de test.
Ce phénomène s’explique en partie par un déploiement encore très limité. À mi-mars :
- Seuls 5% des utilisateurs mobiles de ChatGPT étaient exposés aux publicités
- Le test concernait uniquement les versions gratuites et “Go”
- Les abonnés premium (Plus, Pro, Enterprise) restaient totalement exclus
Autrement dit, même avec une forte demande côté annonceurs, l’inventaire publicitaire reste encore rare et difficile à activer à grande échelle.
Un lancement volontairement lent et frustrant pour les marques
Ce rythme lent n’est pas subi. Il est assumé par OpenAI. L’entreprise explique privilégier une approche progressive pour tester l’expérience utilisateur avant un déploiement massif.
Cette prudence contraste avec les attentes du marché. Trois grands groupes publicitaires, WPP, Omnicom et Dentsu, participent déjà au programme, avec des budgets conséquents.
Certains annonceurs ont engagé entre 200 000 et 250 000 dollars, soit des montants deux fois supérieurs aux standards habituels pour des tests de ce type.
Mais plusieurs limites opérationnelles freinent l’adoption :
- Le processus d’achat reste peu automatisé, souvent basé sur des échanges manuels
- Les outils de pilotage sont encore rudimentaires
- Les données de performance sont insuffisantes pour mesurer le ROI
Ce dernier point est particulièrement critique. Sans visibilité sur les résultats, les annonceurs ne peuvent ni optimiser leurs campagnes ni justifier leurs investissements.
Un problème plus profond : un modèle publicitaire encore inadapté
Au-delà des difficultés techniques, ces premiers retours mettent en évidence un problème plus fondamental : le modèle publicitaire hérité du search n’est pas directement transposable aux interfaces conversationnelles.
Dans un moteur de recherche classique, l’utilisateur navigue entre plusieurs liens. Le clic est un comportement naturel.
Dans ChatGPT, la logique est différente. L’utilisateur reçoit une réponse synthétique. La publicité apparaît en bas de cette réponse, uniquement lorsqu’un lien commercial est pertinent.

Ce changement de paradigme a plusieurs conséquences :
- Le volume d’impressions est mécaniquement limité
- Le clic devient moins intuitif dans un flux conversationnel
- L’attention est concentrée sur la réponse, pas sur les liens externes
Résultat : les performances mesurées avec les indicateurs traditionnels (CTR, CPC) semblent faibles mais ne reflètent pas nécessairement la valeur réelle du canal.
Le paradoxe des utilisateurs premium
Un autre point pèse sur la performance : les utilisateurs les plus engagés ne voient pas les publicités.
ChatGPT exclut volontairement les abonnés payants de toute exposition publicitaire. Cela signifie que :
- Les utilisateurs les plus actifs
- Les plus engagés
- Et potentiellement les plus solvables
… sont totalement inaccessibles pour les annonceurs.
Ce choix, destiné à préserver l’expérience utilisateur, crée un paradoxe inédit. Contrairement aux autres plateformes, payer pour accéder à une audience premium ne garantit pas l’accès aux meilleurs profils.
Un canal encore jeune, mais stratégique
Malgré ces limites, l’intérêt du marché reste très élevé. Les analystes considèrent déjà 2026 comme une année charnière pour la publicité dans les modèles d’IA.
Les projections évoquent :
- Moins d’1 milliard de dollars de revenus publicitaires en 2026
- Plus de 30 milliards de dollars à horizon 2030
Cette croissance potentielle repose sur un facteur clé : la capacité à exploiter l’intention utilisateur dans un contexte conversationnel.
Comme le montrent les premiers tests, les campagnes les plus pertinentes sont celles qui s’alignent précisément avec la requête de l’utilisateur.
Cette logique confirme les enseignements des premiers retours analysés dans notre article sur les débuts de la publicité ChatGPT avec Adobe et Ford, où la pertinence contextuelle apparaissait déjà comme le facteur déterminant.
De la même manière, notre analyse sur le potentiel de ChatGPT comme canal d’acquisition e-commerce anticipait ce basculement : la valeur ne repose plus uniquement sur le volume, mais sur la précision.
Mon Analyse : la publicité IA ne sera pas une copie du search
Les résultats actuels peuvent sembler décevants, mais ils traduisent surtout une phase d’apprentissage.
Trois enseignements majeurs se dégagent :.
1. Le modèle du clic atteint ses limites
Dans un environnement conversationnel, l’utilisateur ne “scrolle” plus une liste de résultats. Il interagit avec une réponse. Le clic devient secondaire face à l’influence sur la décision.
2. L’intention devient la nouvelle monnaie
Là où Google capte du volume, ChatGPT capte des intentions précises. Cela favorise les marques capables de répondre à des besoins spécifiques avec des messages ciblés.
3. L’écosystème est encore immature
Les limites actuelles (mesure, ciblage, activation média) rappellent les débuts du programmatique ou du social ads. L’infrastructure va évoluer rapidement.
Lilian Grandrie-Kalinowski
COO chez E-Commerce Nation depuis plus de 7 ans. Passionné par l’écosystème e-commerce et retail, Lilian pilote l’acquisition chez E-Commerce Nation depuis 2019. Fort d’une vision 360° du secteur, il transforme les données complexes en insights actionnables pour les décideurs. Auteur de plus de 350 articles de référence sur le média, il est une voix reconnue du e-commerce en France.
