Taxes Trump : La guerre commerciale suspendue, mais le piège reste tendu pour l’Europe

Taxes Trump La guerre commerciale suspendue, mais le piège reste tendu pour l'Europe

Après plusieurs jours de tensions commerciales intenses, Donald Trump opère un nouveau revirement. Depuis le Forum économique mondial de Davos, le président américain annonce la suspension des droits de douane qui devaient frapper plusieurs pays européens dès le 1er février 2026.

Même si la menace tarifaire est levée, aucun accord formel n’est signé. Et surtout, cette séquence confirme un changement profond : les droits de douane sont devenus un outil politique à activation rapide, capable de bouleverser un business model en quelques jours.

Une semaine de montagnes russes pour le commerce transatlantique

Pour comprendre la portée de cette annonce, il faut revenir sur la séquence des derniers jours, particulièrement violente pour les acteurs du e-commerce cross-border.

  • Premier acte : Donald Trump annonce une surtaxe généralisée de 10% sur tous les biens européens, applicable dès le 1er février, avec une menace explicite de passage à 25% quelques mois plus tard. Une mesure qui concernait directement les flux e-commerce, les colis transfrontaliers et l’ensemble des modèles D2C vers les États-Unis, comme détaillé dans notre analyse sur la taxe de 10 % sur les exportations européennes.
  • Deuxième acte : l’escalade devient ciblée. La France est directement visée par une menace de droits de douane de 200% sur les vins et champagnes, présentée comme une réponse politique au refus d’Emmanuel Macron de rejoindre le « Conseil de paix » voulu par Washington. Une attaque frontale contre un secteur vitrine de l’export français, que nous avons analysée dans notre article sur la menace de 200% sur le vin et le champagne.

C’est dans ce contexte explosif que Donald Trump annonce finalement la désescalade.

Davos : un accord annoncé, mais toujours invisible

Depuis Davos, Donald Trump affirme avoir obtenu le « cadre d’un futur accord » sur le Groenland à l’issue d’échanges avec le secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte. Sur cette base, il annonce renoncer aux droits de douane qui devaient entrer en vigueur au 1er février.

Mais derrière l’annonce, les zones d’ombre sont nombreuses :

  • aucun texte signé ou publié,
  • aucun calendrier de mise en œuvre,
  • aucune précision sur la souveraineté du Groenland,
  • aucune garantie juridique pour les échanges commerciaux.

L’OTAN confirme l’existence de discussions, tout en soulignant qu’« il reste beaucoup de travail ». Le Danemark parle de signaux positifs, sans valider le contenu de l’accord évoqué. Autrement dit, la trêve commerciale repose sur une promesse politique fragile, et non sur un cadre contractuel opposable.

Ce que la pause des taxes change concrètement pour les e-commerçants

À court terme, la décision américaine a un effet immédiat :

  • les droits de douane additionnels de 10% ne s’appliqueront pas au 1er février,
  • les landed costs restent stables,
  • les prix de vente aux États-Unis n’ont pas à être ajustés dans l’urgence.

Mais à moyen terme, plusieurs signaux doivent alerter les marchands.

D’abord, la fiscalité douanière devient un levier de pression diplomatique assumé. En quelques jours, les taxes ont été annoncées, modulées, ciblées, puis suspendues. Cette volatilité est incompatible avec les logiques classiques du e-commerce, fondées sur l’anticipation, le pricing et la planification des stocks.

Ensuite, le filet de sécurité européen reste gelé. Tant que l’accord commercial UE–États-Unis n’est pas ratifié, aucune protection structurelle ne limite une nouvelle escalade tarifaire.

Enfin, l’effet « stop and go » complique fortement la gestion opérationnelle : comment engager des budgets marketing, lancer des collections ou expédier des stocks vers les États-Unis si le cadre douanier peut basculer en 24 heures ?

Conclusion : une trêve commerciale, pas un retour à la stabilité

La guerre commerciale est en pause, mais la paix n’est pas signée. Le revirement de Donald Trump offre un soulagement immédiat, sans résoudre le problème de fond : l’imprévisibilité du cadre commercial transatlantique.

En 2026, la diversification géographique, la flexibilité logistique et la prudence stratégique deviennent des leviers de survie autant que de croissance.

La route vers l’Ouest reste ouverte. Mais elle n’a jamais été aussi instable.