Temu épinglé par la Commission européenne : Bruxelles dénonce la vente de produits illégaux

Temu épinglé par la Commission européenne Bruxelles dénonce la vente de produits illégaux

La Commission européenne vient de rendre publiques ses premières conclusions dans le cadre d’une enquête ouverte à l’encontre de Temu. Le géant chinois du e-commerce est préliminairement jugé non conforme au Digital Services Act (DSA), notamment pour manquements dans la gestion des risques liés à la vente de produits illégaux.

Un premier constat : des risques importants pour les consommateurs européens

Selon l’évaluation préliminaire menée par la Commission, Temu ne respecte pas les exigences de l’article 34 du DSA, qui impose aux plateformes de grande taille de réaliser une évaluation rigoureuse des risques systémiques associés à leurs services. Or, d’après les autorités européennes, les produits non conformes ou potentiellement illégaux pullulent sur la marketplace.

Une enquête de type « mystery shopping » menée par les services de la Commission a permis de mettre en lumière la présence de nombreux produits non conformes, notamment des jouets pour enfants et appareils électroniques de faible qualité, susceptibles de menacer la sécurité des consommateurs. Le rapport dénonce l’absence d’une véritable stratégie de prévention de ces risques par Temu.

« Les consommateurs européens doivent pouvoir faire confiance aux produits disponibles dans notre marché unique », a déclaré Henna Virkkunen, Vice-Présidente exécutive de la Commission européenne en charge de la Tech Souveraineté. « Dans notre évaluation préliminaire, Temu est loin des standards fixés par le DSA. La sécurité des consommateurs n’est pas négociable. »

Une évaluation de risques jugée insuffisante

La Commission européenne reproche à Temu de s’être appuyée sur des données génériques du secteur lors de sa dernière évaluation de risques, datée d’octobre 2024, plutôt que sur une analyse spécifique de ses propres activités et contenus. Ce manque de précision aurait conduit à des mesures d’atténuation inadéquates face à la prolifération de produits illicites.

En clair, Temu n’a pas identifié correctement l’ampleur du problème sur sa plateforme, et n’a pas mis en œuvre de dispositifs suffisamment robustes pour y remédier.

Des procédures en cours sur plusieurs autres manquements

Ce n’est pas la première fois que Temu est épinglée. Depuis octobre 2024, l’entreprise fait l’objet d’une procédure formelle pour plusieurs manquements présumés :

  • La faible efficacité des mesures de modération contre les contenus illégaux,
  • L’utilisation de designs addictifs (« dark patterns »),
  • Le manque de transparence sur les algorithmes de recommandation,
  • Des lacunes dans l’accès aux données pour les chercheurs.

Ces différentes infractions pourraient, si elles étaient confirmées, déboucher sur une sanction financière importante, jusqu’à 6% du chiffre d’affaires mondial annuel de la plateforme. Pour rappel, en 2023, Temu a dépassé les 20 milliards de dollars de chiffre d’affaires mondial.

Quelles sanctions possibles pour Temu ?

À ce stade, il ne s’agit que de conclusions préliminaires, et Temu dispose encore d’un droit de réponse. L’entreprise peut consulter le dossier d’enquête et soumettre des arguments écrits pour sa défense. La décision finale n’a pas encore été rendue.

Cependant, si la Commission confirme sa position, elle pourra :

  • Adopter une décision officielle de non-conformité,
  • Imposer une amende allant jusqu’à 6 % du CA mondial,
  • Placer Temu sous surveillance renforcée, avec obligation de mettre en place rapidement des mesures correctives.

Une pression croissante sur les marketplaces chinoises

Cette affaire Temu s’inscrit dans un contexte de renforcement du cadre réglementaire européen, via notamment le Digital Services Act (DSA), applicable depuis février 2024 pour les plateformes très populaires (VLOP – Very Large Online Platforms).

Les marketplaces étrangères sont clairement dans le collimateur des autorités européennes. L’exemple récent de Shein, sanctionnée en France par la DGCCRF à hauteur de 40 millions d’euros, illustre cette volonté d’appliquer strictement les normes aux acteurs de la fast fashion ou du commerce ultra-discount.

De plus, la protection des consommateurs et la transparence des modèles économiques sont désormais au cœur de l’agenda numérique de l’UE. Bruxelles souhaite éviter que des acteurs venus d’Asie ou d’ailleurs exploitent les failles du système pour inonder le marché européen avec des produits à bas coût, parfois dangereux, sans contrôle.

Et maintenant ?

L’affaire est loin d’être close. Temu devra répondre point par point aux accusations de la Commission européenne. Le verdict définitif est attendu dans les prochains mois.

Pour l’heure, les autorités poursuivent l’enquête en collaboration avec les coordonnateurs nationaux du DSA, les douanes, les organismes de surveillance des marchés et le réseau CPC (Consumer Protection Cooperation).