Visa, Mastercard, PayPal… bientôt évincés en Europe ?
La récente annonce de Christine Lagarde, présidente de la Banque centrale européenne (BCE), concernant la nécessité pour l’Europe de développer sa propre infrastructure de paiement numérique indépendante des géants américains et chinois tels que Visa, Mastercard, PayPal et Alipay. Cette déclaration intervient dans un contexte de tensions commerciales accrues entre les États-Unis et l’Union européenne. Le 2 avril 2025, le président américain Donald Trump a annoncé l’imposition de nouveaux droits de douane de 20% sur les produits européens importés aux États-Unis . Cette mesure protectionniste souligne l’importance pour l’Europe de renforcer sa souveraineté économique, notamment dans le secteur des paiements.
Dépendance actuelle et risques associés
Actuellement, environ deux tiers des paiements par carte dans la zone euro sont traités par Visa et Mastercard, des entreprises américaines. De plus, des plateformes comme PayPal et Alipay jouent un rôle significatif dans les transactions en ligne. Cette dépendance expose l’Europe à des risques de coercition économique et limite son autonomie stratégique. Philip Lane, économiste en chef de la BCE, a souligné que cette situation pourrait restreindre la capacité de l’Europe à contrôler des aspects critiques de son infrastructure financière.
Vers une alternative européenne
Face à ces défis, Christine Lagarde plaide pour la création d’une alternative européenne aux systèmes de paiement existants. L’objectif est de garantir la souveraineté financière de l’Europe et de réduire sa vulnérabilité aux pressions extérieures. Elle a déclaré :
« Visa, Mastercard, PayPal et Alipay sont tous contrôlés par des entreprises américaines ou chinoises. Nous devons nous assurer qu’il existe une offre européenne. »
Cette initiative s’inscrit dans le cadre d’un projet plus large visant à créer un marché unique des capitaux au sein de l’Union européenne, favorisant ainsi l’investissement et améliorant l’accès au financement pour les entreprises.
E-commerce : à quoi s’attendre si l’Europe lance son propre système de paiement ?
L’éventuelle mise en place d’un système de paiement européen présente plusieurs implications pour les acteurs du e-commerce :
- Diversification des options de paiement : L’introduction d’une alternative européenne pourrait offrir aux commerçants et aux consommateurs une plus grande variété de choix en matière de solutions de paiement, potentiellement plus adaptées aux spécificités du marché européen.
- Réduction des coûts de transaction : Une concurrence accrue dans le secteur des paiements pourrait entraîner une diminution des frais de transaction, bénéficiant ainsi directement aux e-commerçants en améliorant leurs marges.
- Renforcement de la sécurité et de la protection des données : Une infrastructure de paiement européenne, soumise aux réglementations strictes de l’UE en matière de protection des données, pourrait offrir des garanties supplémentaires en termes de sécurité des transactions et de confidentialité des informations clients.
- Adaptation aux évolutions technologiques : La mise en place d’un tel système encouragerait l’innovation et l’adoption de technologies de pointe, telles que les paiements instantanés et les portefeuilles numériques, répondant ainsi aux attentes croissantes des consommateurs en matière de commodité et de rapidité.
Défis à relever
Toutefois, la création d’une alternative européenne aux géants actuels du paiement n’est pas sans obstacles :
- Investissements substantiels : Le développement d’une infrastructure de paiement compétitive nécessite des investissements considérables, tant en termes financiers qu’en ressources humaines.
- Adoption par les consommateurs et les commerçants : Changer les habitudes établies représente un défi majeur. Il sera essentiel de convaincre les utilisateurs finaux de la valeur ajoutée d’un nouveau système.
- Interopérabilité et standardisation : Assurer la compatibilité avec les systèmes existants et établir des normes communes au sein des États membres de l’UE seront cruciaux pour le succès de l’initiative.
Le rôle potentiel de l’euro numérique
Parallèlement, la BCE explore la possibilité d’introduire un euro numérique, une monnaie numérique de banque centrale (MNBC) visant à compléter les formes existantes de monnaie. Ce projet pourrait jouer un rôle clé dans la réduction de la dépendance aux fournisseurs de services de paiement étrangers et renforcer la souveraineté financière de l’Europe.
Conclusion
Les récentes mesures protectionnistes des États-Unis, combinées à la dépendance actuelle de l’Europe vis-à-vis des systèmes de paiement étrangers, mettent en évidence la nécessité pour l’Union européenne de développer sa propre infrastructure de paiement numérique. Pour les acteurs européens, cela représenterait une opportunité de renforcer leur autonomie, de réduire les coûts et d’améliorer la sécurité des transactions. Néanmoins, la réalisation de cet objectif nécessite de surmonter des défis significatifs en termes d’investissement, d’adoption par le marché et de compatibilité.
