Zalando ferme un site historique : 2 700 emplois sacrifiés face à Shein et Temu
Zalando enclenche un virage logistique majeur. Le 8 janvier 2026, le groupe allemand a annoncé la fermeture de son centre de distribution d’Erfurt, dans l’est de l’Allemagne, ainsi que l’arrêt des opérations de trois entrepôts exploités par des partenaires externes en Europe. Au total, 2 700 emplois sont directement menacés sur le seul site d’Erfurt, soit près d’un sixième des effectifs logistiques du groupe.
Officiellement, Zalando évoque un simple « remodelage » de son réseau paneuropéen. Dans les faits, cette décision s’inscrit dans un contexte bien plus large : pression accrue de la fast fashion chinoise (Shein, Temu), ralentissement de la croissance, et nécessité de rationaliser l’appareil logistique après le rachat d’About You pour 1,1 milliard d’euros. Plus qu’une actualité sociale, c’est un signal stratégique envoyé à tout le secteur.
Erfurt, symbole d’une logistique devenue trop rigide
Mis en service en 2012, le site d’Erfurt est l’un des piliers historiques de Zalando. Pendant plus d’une décennie, il a soutenu l’expansion rapide du groupe en Europe, jusqu’à employer environ 2 700 salariés. Sa fermeture est programmée pour fin septembre 2026.
Pourquoi fermer un site encore opérationnel ? Parce qu’il appartient à une génération logistique désormais dépassée. Conçu à une époque où la priorité était l’augmentation rapide des capacités, Erfurt peine aujourd’hui à répondre aux nouveaux standards : densité de stockage, automatisation avancée, flexibilité des flux.
Zalando ne se retire pas d’Allemagne pour autant. Le groupe prévoit l’ouverture, à l’été 2026, d’un nouveau centre à Giessen, dans l’ouest du pays, avec 1 700 emplois à la clé. Moins de salariés, mais beaucoup plus de robotisation : un changement de philosophie assumé.
Sur le plan social, la décision provoque une onde de choc. Le syndicat ver.di dénonce une annonce faite juste après le pic de Noël, tandis que les autorités locales regrettent la perte du principal employeur privé de la région.
Shein et Temu, accélérateurs du choc logistique
Derrière la restructuration, un acteur absent du communiqué pèse lourd : la fast fashion chinoise. Shein et Temu ont imposé un modèle fondé sur une supply chain ultra-rapide, pilotée par la donnée, capable de renouveler l’offre en continu à des prix très bas.
Face à cette offensive, les acteurs européens de la mode en ligne se retrouvent sous pression. Les investissements logistiques réalisés ces dernières années reposaient sur des hypothèses de croissance qui ne se sont pas matérialisées. La montée en charge plus lente que prévu de certains sites XXL, comme l’entrepôt ouvert fin 2024 dans le sud francilien, en est un exemple.
La réponse de Zalando est claire :
- réduire les coûts fixes,
- augmenter l’automatisation,
- et mutualiser les flux pour gagner en agilité.
About You : la rationalisation post-rachat
Autre élément clé du dossier : la fusion avec About You, finalisée l’an dernier. Le rapprochement a créé des doublons logistiques importants, rendant inévitable une réorganisation du réseau.
Zalando mise désormais sur un modèle d’Universal Order Fulfilment. L’idée est de faire disparaître les silos pour bâtir un stock commun capable de servir indifféremment :
- les clients Zalando en B2C,
- les clients About You,
- et les marques partenaires via ZEOS Fulfilment.
Cette approche vise à réduire la complexité opérationnelle, améliorer la vitesse de préparation et optimiser l’allocation des stocks à l’échelle européenne.
ZEOS Fulfilment, la carte B2B de Zalando
C’est l’un des points les plus stratégiques pour les e-commerçants. Avec ZEOS Fulfilment, Zalando ne se contente plus de vendre des produits : il ambitionne de devenir prestataire logistique pour les marques et retailers tiers, à l’image de ce qu’Amazon a fait avec FBA.
ZEOS permet à des marques partenaires d’externaliser :
- le stockage,
- la préparation de commandes,
- la livraison,
- et la gestion des retours,
en s’appuyant sur l’infrastructure Zalando. Pour que ce modèle fonctionne à grande échelle, le réseau logistique doit être extrêmement flexible et standardisé. Les sites anciens, même performants, deviennent un frein. La fermeture d’Erfurt s’inscrit directement dans cette logique.
Un signal fort envoyé aux marchés
À terme, le réseau logistique du groupe comptera 14 centres de distribution dans 7 pays, contre 12 aujourd’hui, mais avec une empreinte technologique profondément différente.
À court terme, l’annonce a pesé sur le titre : -2% à la Bourse de Francfort dans les heures suivant le communiqué. Les investisseurs s’inquiètent du coût social et des charges liées aux fermetures.
À moyen terme, certains analystes, notamment chez Morgan Stanley, estiment que les synergies issues de la restructuration et de l’intégration d’About You pourraient atteindre 100 millions d’euros dès 2028.
Ce qu’il faut retenir
La décision de Zalando illustre une tendance de fond dans le e-commerce mode :
- L’automatisation n’est plus un avantage, mais une condition de survie face au low-cost asiatique.
- La mutualisation B2C / B2B devient un levier clé de rentabilité.
- La taille brute d’un réseau logistique compte moins que sa capacité à s’adapter rapidement à la demande.
Zalando accepte un choc social et politique pour tenter de préserver sa compétitivité à long terme. Un choix lourd, mais révélateur d’un marché européen de la mode en ligne entré dans une phase de consolidation et de guerre des coûts, où la logistique n’est plus un simple support, mais un champ de bataille à part entière.
Lilian Grandrie-Kalinowski
COO chez E-Commerce Nation depuis plus de 7 ans. Passionné par l’écosystème e-commerce et retail, Lilian pilote l’acquisition chez E-Commerce Nation depuis 2019. Fort d’une vision 360° du secteur, il transforme les données complexes en insights actionnables pour les décideurs. Auteur de plus de 350 articles de référence sur le média, il est une voix reconnue du e-commerce en France.
