E-commerce US : le trafic généré par l’IA convertit 16% mieux que les sources traditionnelles
Le mois d’octobre a marqué un tournant discret mais structurant dans l’histoire du e-commerce américain. Selon les données publiées par Adobe Analytics, le trafic envoyé vers les sites marchands par des outils d’intelligence artificielle générative, comme ChatGPT, Perplexity ou Gemini, convertit désormais mieux que les canaux d’acquisition habituels.
Adobe, qui analyse plus d’un trillion de visites sur les sites marchands américains, 100 millions de références et 18 catégories, met en lumière une évolution qui transforme silencieusement le parcours d’achat aux États-Unis : l’IA cesse d’être un outil d’exploration et devient un véritable canal de conversion.
Un e-commerce américain toujours en croissance, mais un comportement d’achat en mutation
En octobre, les consommateurs américains ont dépensé 88,7 milliards de dollars en ligne, soit 8,2% de plus qu’en 2024. Le marché reste dynamique, soutenu par le Prime Day d’automne, les promotions anticipées et le mobile qui représente désormais 51,4% des achats en ligne.
Si cette hausse confirme la solidité du e-commerce américain, c’est un autre indicateur qui retient l’attention des analystes : la manière dont les consommateurs arrivent sur les sites.
Pendant des années, le schéma était clair. Paid search, email, SEO, réseaux sociaux et affiliation formaient la colonne vertébrale du trafic entrant. L’IA générative, encore balbutiante, produisait du volume mais peu de conversion. Ce n’est plus le cas.
Un basculement historique : l’IA convertit mieux que les autres canaux
En octobre, Adobe observe une hausse de 1 200% du trafic envoyé par les outils d’IA générative par rapport à l’année précédente. Cette explosion n’est pas nouvelle : l’hiver dernier, lors de la saison des fêtes, le trafic IA avait déjà connu un bond spectaculaire (+1 300% entre novembre et décembre 2024).
Mais c’est la qualité de ce trafic qui change.
- En octobre 2025, un visiteur arrivé sur un site marchand américain depuis une recommandation d’IA générative était 16% plus susceptible d’acheter qu’un internaute venant d’un canal traditionnel (paid search, email, organic, social…).
- En septembre, cet avantage était de 5%.
- En août, au contraire, ces mêmes visiteurs convertissaient 9% moins que les autres.
- En juillet, l’écart atteignait même –23%.

Cette inversion rapide en fait un signal fort. Les consommateurs ne se contentent plus de consulter l’IA : ils finalisent désormais leurs achats dans la continuité de ces échanges.
Adobe résume le phénomène ainsi : l’IA “condense le parcours d’achat”. Là où un consommateur passait auparavant par plusieurs étapes, recherche, comparaison, navigation, sélection, l’IA semble réduire ce processus à un dialogue unique qui aboutit directement à l’achat.
Un trafic plus engagé, plus long et plus qualifié
Au-delà des conversions, l’engagement des visiteurs issus de l’IA générative confirme cette évolution :
- 44% de temps passé en plus sur les sites marchands.
- 12% de pages vues supplémentaires.
- 31% de baisse du taux de rebond.
- +8% de revenu par session.
Autrement dit, ces visiteurs ne se contentent pas de cliquer : ils explorent, lisent, comparent… puis achètent.
Adobe y voit un signe clair : les acheteurs arrivent sur les sites mieux informés qu’avant. La conversation générée par l’IA, souvent plus détaillée qu’une recherche classique, prépare le terrain pour des visites plus déterminées.
Pourquoi cette bascule maintenant ?
Plusieurs phénomènes convergent :
- L’habituation des consommateurs
Les Américains utilisent de plus en plus l’IA dans leur quotidien. Les modèles conversationnels recommandent, filtrent et simplifient la recherche. Le passage de la question à la transaction devient plus naturel. - La contextualisation des réponses IA
Contrairement au référencement traditionnel, l’IA ne propose pas une liste de résultats mais des recommandations synthétiques et argumentées, souvent avec des liens directs vers les produits. - L’optimisation des outils IA eux-mêmes
Les interfaces d’assistants génératifs intègrent de plus en plus de liens marchands, suggestions commerciales et comparatifs de prix. - La montée en puissance du “browser-first shopping”
Une partie des consommateurs interroge directement l’IA au lieu d’effectuer une recherche classique. L’outil devient un point d’entrée qui capte l’intention d’achat.
Ce phénomène, encore marginal en Europe, est déjà visible dans les usages américains.
L’autre moteur du mois d’octobre : un Prime Day élargi à tout le secteur
Si l’IA occupe une place centrale dans l’étude, Adobe note également l’impact significatif du Prime Day d’octobre sur la dynamique du mois. Les 7 et 8 octobre, les acheteurs américains ont dépensé 9,1 milliards de dollars en ligne sur l’ensemble du marché, soit 7,3% de plus que l’année précédente.
Les promotions, qui ont atteint jusqu’à 18%, ont déclenché des achats anticipés de catégories variées :
- +130% pour la décoration de fêtes,
- +83% pour l’outillage manuel,
- +62% pour les outils électriques,
- +55% pour les réfrigérateurs et congélateurs,
- +81% pour les e-readers.
Le mobile continue aussi de progresser : 51,4% des achats online se font désormais sur smartphone.
Le BNPL continue d’évoluer avec 7,1 milliards de dollars dépensés
En parallèle, les solutions de paiement échelonné ont pesé 7,1 milliards de dollars d’achats (+7,6%). Les consommateurs américains voient dans le “Buy Now Pay Later” un moyen d’amortir les dépenses de fin d’année, signe d’un arbitrage budgétaire plus prudent.
Les réseaux sociaux et l’influence montent en puissance, mais restent loin de l’IA en conversion
Adobe observe aussi une progression notable des revenus issus des réseaux sociaux : +28% en un an. L’affiliation et les partenariats d’influence affichent également une croissance de 15%, témoignant d’un rôle croissant dans la découverte de produits.
Mais en conversion, ces canaux restent en retrait par rapport au trafic IA.
