Inflation : Comment le e-commerce a fait économiser 880€ par an aux ménages européens
Alors que l’inflation reste une préoccupation majeure pour les ménages européens, une nouvelle étude publiée le 26 novembre 2025 par le cabinet TEHA Group, en collaboration avec Amazon, avance une conclusion à contre-courant : le e-commerce ne serait pas un facteur d’augmentation des prix, mais un frein à l’inflation.
Intitulée « The disinflationary effect of e-commerce – An analysis for Europe », cette étude couvre les 27 pays de l’Union européenne et s’appuie sur une modélisation économétrique comparant l’évolution des prix en ligne, des prix hors ligne et de l’inflation globale.
Son message central est fort : plus le e-commerce progresse, plus la pression inflationniste diminue. Une conclusion qui tombe à un moment clé, alors que les plateformes sont de plus en plus observées (et parfois attaquées) par les régulateurs européens sur les questions fiscales, sociales et concurrentielles.
À ce titre, une lecture prudente s’impose : Amazon est co-commanditaire de l’étude. L’enjeu n’est donc pas neutre politiquement. Mais les données sont produites et analysées par un cabinet indépendant (TEHA Group), qui avait déjà travaillé sur ces sujets en 2023 pour l’Italie, avant que des pays comme la France, l’Irlande ou l’Australie ne répliquent la méthodologie avec des conclusions similaires.
Ce qu’il faut retenir (chiffres clés)
Selon l’analyse européenne de TEHA, le e-commerce remplit un rôle mesurable de modération des prix :
- 4 500 € économisés par ménage européen sur 5 ans, soit environ 880 € par an, grâce à la diffusion du e-commerce
- Une hausse de 1 point de pourcentage de la part d’acheteurs en ligne entraîne une baisse de l’inflation allant jusqu’à –0,073 point
- Entre 2020 et 2025, les prix en ligne ont été en moyenne 6,9 points inférieurs aux prix hors ligne
- Les prix du e-commerce agissent comme une “ancre de stabilité” : lorsque les prix online augmentent de 1 point, la croissance de l’inflation globale ralentit de 0,018 point
- Cette dynamique ne freine pas le PIB : l’effet désinflationniste n’est pas associé à un ralentissement économique

Ces chiffres dessinent un changement de perspective majeur : le e-commerce ne se contente plus d’être un canal de distribution performant. Il devient, selon cette étude, un outil macroéconomique qui protège le pouvoir d’achat.
L’inflation recule, mais reste sous surveillance
Pour bien comprendre l’enjeu, il faut remettre cette étude dans son contexte.
L’Union européenne a connu un pic d’inflation à 8,3% en 2022. Depuis, la pression sur les prix s’est partiellement relâchée, mais les perspectives pour les prochaines années restent incertaines.
En parallèle, le e-commerce a poursuivi son développement, atteignant en 2024 un chiffre d’affaires B2C de 958 milliards d’euros en Europe, soit une croissance de +50,4% depuis 2019. Sa progression est devenue structurelle.
C’est précisément cette rencontre entre deux tendances majeures, inflation persistante et croissance continue du e-commerce, que le rapport cherche à analyser sous un angle inédit :
que se passe-t-il lorsque plus de consommateurs achètent en ligne dans un environnement tendu sur les prix ?
Pourquoi le e-commerce exerce une pression à la baisse sur les prix
L’étude identifie plusieurs mécanismes clés expliquant cet impact désinflationniste.
1. Une transparence permanente
Le e-commerce met les prix en concurrence directe et instantanée. En quelques secondes, un consommateur peut comparer des dizaines d’offres similaires. Cette transparence :
- réduit la capacité à surévaluer un produit
- force les commerçants (online et offline) à ajuster leurs marges
- favorise une plus grande discipline tarifaire sur l’ensemble du marché
En clair : le simple fait que le consommateur puisse comparer limite mécaniquement la hausse des prix.
2. Des structures de coûts différentes
Les modèles e-commerce bénéficient souvent :
- d’une logistique centralisée
- d’une automatisation importante
- de coûts immobiliers plus faibles
- d’une optimisation continue des flux
Ces éléments permettent de comprimer une partie des coûts opérationnels, avec un impact possible sur le prix final. Selon TEHA, ces gains d’efficacité contribuent à la stabilité des prix en ligne.
3. Une flexibilité tarifaire plus rapide
Contrairement au commerce physique, le e-commerce peut ajuster ses prix en temps réel en fonction de la demande, de l’offre ou des coûts.
Cette flexibilité permet :
- d’éviter les hausses brutales
- de lisser les variations
- d’agir comme un régulateur naturel sur certains segments
Résultat : les prix du e-commerce jouent un rôle de tampon face à la volatilité.
Un sujet éminemment politique mais aussi stratégique
Le timing de cette publication n’est pas anodin.
Le e-commerce, et Amazon en particulier, est régulièrement pointé du doigt par les autorités européennes pour :
- son impact sur le commerce de proximité
- les pratiques fiscales
- les enjeux environnementaux
- la domination de certaines plateformes
Dans ce contexte, cette étude apporte un argument économique majeur à ceux qui défendent la digitalisation :
toucher au e-commerce revient potentiellement à affaiblir le pouvoir d’achat.
Le rapport appelle d’ailleurs explicitement les décideurs publics à prendre en compte ce facteur désinflationniste dans la conception des politiques de régulation du commerce et de la concurrence en Europe.
Il ne s’agit pas de dire que le e-commerce est exempt de tout reproche. Mais selon cette analyse, il joue aussi un rôle stabilisateur trop souvent sous-estimé dans les débats publics.
Focus France : le e-commerce comme rempart discret contre l’inflation
Dans l’analyse paneuropéenne menée par TEHA Group avec Amazon, la France ressort comme un cas particulièrement révélateur du rôle du e-commerce dans la formation et la modération des prix. À la fois marché mature, très connecté et soumis à de fortes tensions sur le pouvoir d’achat, l’Hexagone illustre concrètement l’effet « amortisseur » du e-commerce sur l’inflation.
Sur la période étudiée, l’inflation globale en France (headline inflation) s’est établie à un indice moyen de 109,1. Même l’inflation dite « sous-jacente », qui exclut les composantes traditionnellement volatiles comme l’énergie et l’alimentation, demeure élevée, avec un indice moyen de 106,7. Autrement dit, même en neutralisant les facteurs les plus instables, le niveau général des prix a suivi une dynamique haussière marquée.
Face à ces chiffres, la performance des prix en ligne tranche nettement. L’indice moyen des prix pratiqués dans le e-commerce s’établit à seulement 99,9, soit un niveau inférieur à la période de référence, et surtout considérablement plus stable que les indices d’inflation global et sous-jacent. Cette donnée est essentielle : elle montre non seulement que les prix en ligne augmentent moins vite, mais qu’ils évoluent avec une volatilité bien moindre que ceux constatés dans le commerce physique.

En parallèle, l’étude rappelle un autre indicateur clé : une hausse de 10 points de la pénétration du e-commerce en France a historiquement été associée à une baisse des prix de l’ordre de 0,6%. Rapporté à l’échelle de l’économie française, cet impact n’est pas marginal. Il traduit un effet mécanique lié à la concurrence accrue, à la transparence tarifaire et à la compression des marges rendue possible par la digitalisation.
Ce mécanisme fonctionne même pour les consommateurs qui n’achètent pas directement en ligne. En rendant les prix instantanément comparables, en exposant les écarts entre enseignes et en accélérant l’ajustement des politiques tarifaires, le e-commerce exerce une pression à la baisse sur l’ensemble du marché, y compris sur les circuits physiques.
Dans un pays où la comparaison via smartphone est devenue un réflexe en magasin, où le “click & compare” précède souvent l’achat, le e-commerce ne se résume plus à un canal alternatif. Il est devenu un régulateur silencieux des prix, un point de référence permanent qui oblige l’ensemble des acteurs du retail – physiques comme digitaux – à adapter leurs stratégies.
Une prudence nécessaire sur l’interprétation
La présence d’Amazon parmi les partenaires de l’étude appelle toutefois à une lecture vigilante. L’entreprise a un intérêt évident à démontrer son utilité pour les consommateurs européens.
Mais le travail repose sur :
- une méthodologie économétrique appliquée à 27 pays
- une continuité avec des études précédentes menées indépendamment
- des chiffres cohérents sur plusieurs années
Cela renforce la crédibilité des tendances observées, même si le débat reste ouvert sur la manière dont ces données seront utilisées dans les futures discussions réglementaires.
En conclusion
L’étude TEHA x Amazon propose un changement de regard majeur :
le e-commerce n’est pas simplement un accélérateur de consommation, mais un facteur de modération des prix dans une économie sous tension.
Avec 4 500 € d’économies potentielles par ménage sur cinq ans et des prix en ligne en moyenne 6,9 points plus bas que hors ligne, le canal digital apparaît comme un allié inattendu du pouvoir d’achat européen.
