Adyen devient membre principal de CB et STET : Ce qui change au 1er avril 2026
L’annonce est technique, presque discrète. Pourtant, elle touche à l’un des nerfs de la guerre : le taux d’acceptation des paiements. À compter du 1er avril 2026, Adyen devient membre principal du Groupement des Cartes Bancaires (CB) et participant direct du système de compensation européen STET. En clair, le PSP néerlandais se branche directement sur la “tuyauterie” du paiement français, sans intermédiaire.
CB : revenir au cœur du réseau qui fait tourner la consommation française
CB reste le réseau de paiement dominant en France. Les chiffres donnent l’échelle :
- 77 millions de cartes en circulation
- 2,5 millions de contrats commerçants
- 14,5 milliards de transactions en 2024, dont 2 milliards en e-commerce
- près de 700 milliards d’euros de volume d’affaires traités
Autrement dit, plus de 65% de la consommation courante des ménages passe par CB. Pour un PSP international comme Adyen, très présent chez les grands comptes (LVMH, Boulanger, Etam, Deezer, leboncoin…), rester “au-dessus” du réseau ne suffit plus. Le choix d’un statut de membre principal signifie que l’entreprise ne se contente plus de supporter CB : elle devient un acteur natif du réseau.
Philippe Laulanie, Directeur Général de CB, le souligne : Adyen a bâti sa croissance internationale en s’appuyant sur des intégrations locales fortes. Ce n’est pas une phrase de communiqué anodine. Cela signifie que la France n’est plus traitée comme un simple marché Visa/Mastercard avec une option CB, mais comme un écosystème à part entière, qui justifie des investissements lourds.
Ce que ça change concrètement pour les marchands : la performance avant tout
Jusqu’ici, Adyen passait par des intermédiaires pour accéder au réseau CB. À partir d’avril 2026, les serveurs d’Adyen seront directement connectés au réseau CB. Ce raccourcissement de la chaîne a des effets très concrets :
- Moins de latence : le trajet de la donnée est plus court. Chaque milliseconde compte dans un tunnel de paiement.
- Moins de points de défaillance : supprimer un intermédiaire, c’est supprimer un point de rupture potentiel (SPOF).
- Meilleure qualité des réponses : en direct, les codes retours sont plus précis en cas de refus, ce qui permet d’optimiser les stratégies de “retry” ou de fallback.
- Potentiel gain en taux d’acceptation : moins d’échecs techniques, moins de timeouts, moins de rejets “par défaut”.
Pour les marchands, c’est le KPI numéro un : le taux d’acceptation. Chaque refus injustifié, chaque timeout, chaque erreur réseau, c’est une vente perdue. Cette intégration directe vise précisément à réduire le bruit technique entre le client et sa banque.
STET : la tuyauterie invisible qui fait circuler l’argent
L’autre volet de l’annonce est souvent moins compris, mais tout aussi critique : Adyen devient participant direct du système de compensation STET.
Pour vulgariser :
- CB gère l’autorisation (“Oui, ce paiement est possible”)
- STET gère la compensation (“Voici comment l’argent circule entre les banques”)
STET est un Système de Paiement d’Importance Systémique (SIPS). Il assure le clearing et le règlement d’une large gamme d’instruments de paiement, domestiques et SEPA. C’est la tuyauterie invisible qui permet que l’argent arrive réellement sur le compte du marchand.
En devenant participant direct, Adyen ne dépend plus d’une banque tierce pour faire transiter ses flux. Cela implique :
- traitement intégral des opérations en interne
- meilleure maîtrise des délais de règlement
- réconciliation financière plus rapide
- gestion des litiges et des remboursements plus fluide
Pour les équipes finance, compta et back-office, c’est loin d’être anecdotique. Une compensation plus maîtrisée, c’est moins d’écarts, moins de frictions, moins de temps passé à comprendre “où est passé l’argent”.
Pourquoi Adyen fait ce choix maintenant
Ce mouvement s’inscrit dans une tendance plus large. Depuis deux ans, on observe une course à l’ancrage local chez les grands PSP. Stripe, Checkout.com, Adyen… tous renforcent leurs connexions aux réseaux domestiques. La promesse de l’API universelle ne suffit plus.
Pourquoi ? Parce que le commerce devient :
- plus omnicanal (online, magasin, click & collect, retour en magasin),
- plus temps réel (livraison rapide, stock local, paiement instantané),
- plus exigeant en fiabilité (SCA, fraude, réglementation).
Dans ce contexte, rester “hors sol” est pénalisant. La performance se joue désormais sur la qualité des rails, pas seulement sur la couche applicative. La France, avec sa spécificité CB, est un cas d’école : on ne peut pas optimiser le taux d’acceptation sans parler le langage du réseau local.
Ce que cela change pour votre stratégie
Pour les marchands, cette évolution invite à reposer quelques questions simples :
- Mon PSP est-il connecté en direct aux réseaux clés de mes marchés ?
- Quelle est sa maîtrise réelle de la compensation ?
- Ai-je des indicateurs précis sur les causes de refus et les échecs techniques ?
- Est-ce que mon taux d’acceptation est optimisé… ou simplement subi ?
Dans un contexte où l’acquisition est de plus en plus chère, chaque point de conversion gagné au paiement a un impact direct sur le chiffre d’affaires. Optimiser le checkout sans optimiser les rails, c’est laisser de l’argent sur la table.
Une annonce technique, un impact très business
Adyen, CB et STET n’ont pas fait une annonce spectaculaire. Mais pour qui connaît les dessous du paiement, c’est un mouvement lourd de conséquences.
Il signifie que :
- le paiement n’est plus une commodité, mais un levier de performance,
- les PSP globaux doivent s’ancrer localement pour rester compétitifs,
- la France reste un marché stratégique et spécifique,
- et que la bataille du e-commerce se joue aussi, et de plus en plus, sous le capot.
Pour les retailers, c’est une bonne nouvelle : la concurrence entre PSP se déplace vers ce qui compte vraiment. La fiabilité, la vitesse, et le taux d’acceptation. Et sur ce terrain, être branché en direct fait toute la différence.
Lilian Grandrie-Kalinowski
COO chez E-Commerce Nation depuis plus de 7 ans. Passionné par l’écosystème e-commerce et retail, Lilian pilote l’acquisition chez E-Commerce Nation depuis 2019. Fort d’une vision 360° du secteur, il transforme les données complexes en insights actionnables pour les décideurs. Auteur de plus de 350 articles de référence sur le média, il est une voix reconnue du e-commerce en France.
