Amazon Q4 2025 : 68 Mds$ de Pub et un Capex record pour l’IA

Amazon Q4 2025 68 Mds$ de Pub et un Capex record pour l'IA

En bref : ce qu’il faut retenir des résultats Q4 2025 d’Amazon

  • Chiffre d’affaires : 213,4 milliards de dollars au T4 (+14%), 716,9 milliards sur l’année (+12%).
  • Publicité (Retail Media) : 68,8 milliards de dollars en 2025 (+22%), dont 21,3 milliards au seul T4.
  • AWS : +24% de croissance trimestrielle, son rythme le plus rapide depuis treize trimestres.
  • Capex : +50,7 milliards de dollars sur un an, entraînant une chute du free cash flow.
  • Stratégie : fermeture de 72 magasins physiques et priorité absolue à l’IA, au cloud et à la logistique J+1.

Amazon a publié ses résultats du quatrième trimestre 2025 le 5 février 2026. Les indicateurs opérationnels sont solides, la rentabilité progresse, mais un signal domine : le groupe sacrifie sa génération de cash à court terme pour financer une accélération massive dans l’intelligence artificielle et les infrastructures.

1. Chiffre d’affaires et Capex : croissance à deux chiffres, trésorerie sous pression

Au quatrième trimestre 2025, Amazon enregistre :

  • 213,4 milliards de dollars de chiffre d’affaires (+14% sur un an, +12% hors effets de change).
  • 25,0 milliards de dollars de résultat opérationnel, contre 21,2 milliards un an plus tôt.
  • 21,2 milliards de dollars de résultat net, soit 1,95 dollar par action.

Sur l’ensemble de l’année :

  • 716,9 milliards de dollars de revenus (+12%).
  • 80,0 milliards de dollars de résultat opérationnel.
  • 77,7 milliards de dollars de résultat net, en forte progression.

Le cash-flow opérationnel sur douze mois atteint 139,5 milliards de dollars (+20%). Mais le free cash flow chute à 11,2 milliards, contre 38,2 milliards un an plus tôt.

La raison : +50,7 milliards de dollars d’investissements supplémentaires, principalement dans les data centers, les puces IA et les infrastructures. Le Capex total grimpe à 128,3 milliards sur l’année (+65%).

Pour 2026, Amazon prévoit 200 milliards de dollars d’investissements. C’est un changement d’échelle assumé.

Amazon Q4 2025 résultats
Source : https://www.appeconomyinsights.com/p/amazon-the-50b-kingmaker

2. AWS et l’IA : la bataille d’infrastructure face à Google et Microsoft

La division cloud Amazon Web Services (AWS) affiche :

  • 35,6 milliards de dollars de revenus au T4 (+24%).
  • 12,5 milliards de dollars de résultat opérationnel, soit environ 35% de marge.

Sur l’année, AWS génère 128,7 milliards de dollars (+20%) et 45,6 milliards de profit opérationnel.

Cette accélération intervient dans un contexte de concurrence intense avec Google et Microsoft sur le cloud IA. Si Azure et Google Cloud affichent des croissances plus rapides en pourcentage, AWS part d’une base plus large.

Amazon met en avant ses puces propriétaires Trainium et Graviton, qui dépassent 10 milliards de dollars de revenus annualisés, avec une croissance à trois chiffres. Le cluster Project Rainier, fort de plus de 500 000 puces Trainium2, symbolise cette volonté de réduire la dépendance à NVIDIA.

Dans le même temps, Google pousse son Universal Commerce Protocol (UCP) pour rendre la recherche transactionnelle. La bataille ne se joue plus seulement sur l’hébergement, mais sur le contrôle des couches transactionnelles et agentiques du web.

3. Retail Media : 68,8 Mds$, pilier stratégique du modèle

C’est le chiffre qui change la lecture du groupe.

  • 21,3 milliards de dollars de revenus publicitaires au T4 (+23%).
  • 68,8 milliards sur l’année 2025 (+22%).

La publicité représente désormais environ 10% du chiffre d’affaires trimestriel, avec une rentabilité bien supérieure au retail.

Amazon fonctionne comme un groupe média intégré :

  • Ads sponsorisées sur la marketplace,
  • Prime Video (avec formats publicitaires),
  • Twitch et autres inventaires.

Ce Retail Media finance la compétitivité prix et les investissements IA.

Pour les marques, cela implique une mutation : Amazon Ads devient un canal média stratégique, au même titre que Google ou Meta. Mais la fragmentation s’accélère. Entre TikTok Shop, la publicité conversationnelle de ChatGPT et l’écosystème Google, les budgets se dispersent.

4. Logistique J+1 et quick commerce : réponse défensive face à JD.com

Côté retail, Amazon affiche :

  • 127,1 milliards de dollars en Amérique du Nord (+10%).
  • 50,7 milliards à l’international (+17%, +11% hors change).

La marge nord-américaine progresse à 9%, tandis que l’international reste plus contraint (2 %).

Le groupe a fermé 72 magasins Amazon Fresh et Amazon Go, ainsi que le système Amazon One. La logique est simple : tout projet sans perspective de grande échelle est abandonné.

En revanche, la logistique accélère :

  • Près de 70% d’articles livrés le jour même ou le lendemain aux États-Unis.
  • Près de 100 millions de clients utilisant le Same-Day Delivery.
  • Extension massive de la livraison rapide en zones rurales et dans l’alimentaire.

Cette stratégie de logistique J+1 est aussi défensive. L’arrivée de JD.com en Europe avec JoyExpress et son réseau de 60 entrepôts montre que la bataille du dernier kilomètre s’internationalise.

Amazon protège son avantage historique : la vitesse et la densité logistique.

5. IA transactionnelle : Rufus, Lens, Alexa+

L’IA s’intègre désormais au cœur de l’expérience d’achat.

  • Rufus, assistant shopping, a été utilisé par plus de 300 millions de clients et aurait généré près de 12 milliards de dollars de ventes incrémentales annualisées.
  • Lens, outil de recherche visuelle, progresse de 45% en usage.
  • Alexa+ devient une offre autonome à 19,99 dollars par mois (gratuite pour les membres Prime), avec des capacités transactionnelles élargies.

Amazon teste une logique d’agent capable de comparer, recommander et acheter. Cette évolution rejoint la tendance plus large vers le commerce agentique, où l’interface conversationnelle devient un point d’entrée transactionnel.

6. Guidance 2026 : croissance attendue, pression sur la rentabilité

Pour le T1 2026, Amazon anticipe :

  • 173,5 à 178,5 milliards de dollars de chiffre d’affaires (+11 à +15%).
  • 16,5 à 21,5 milliards de dollars de résultat opérationnel.

Cette projection inclut environ 1 milliard de dollars de coûts supplémentaires liés à Amazon Leo (réseau satellitaire) et aux investissements dans le quick commerce et la compétitivité prix à l’international.

Le message est clair : la rentabilité à court terme est secondaire face à la course à l’infrastructure.

Mon analyse : un modèle auto-financé face à Google, TikTok et JD.com

Le Q4 2025 confirme trois tendances :.

  • Premièrement, AWS redevient le moteur de croissance, dans une confrontation directe avec Google et Microsoft sur l’IA et les workloads agentiques.
  • Deuxièmement, le Retail Media finance la transformation. Les 68,8 milliards de dollars publicitaires permettent d’absorber la pression sur les prix et la logistique.
  • Troisièmement, la logistique J+1 devient une barrière concurrentielle face à JD.com et aux acteurs asiatiques.

Dans un marché occidental mature, où la fréquence d’achat progresse mais les paniers moyens stagnent, la différenciation se joue sur trois leviers :

  • la vitesse,
  • la monétisation média,
  • la maîtrise technologique.

Amazon investit massivement pour contrôler ces trois dimensions. Reste à voir si la génération de cash suivra au rythme des Capex engagés. Pour les e-commerçants, une chose est certaine : l’écosystème Amazon devient plus intégré, plus média et plus technologique que jamais.