Checkout, CRM, omnicanalité : les nouveaux défis data des e-commerçants
Dans un contexte où la donnée client est devenue un véritable levier de performance pour les e-commerçants, les marques doivent aujourd’hui concilier personnalisation, expérience utilisateur, conformité et rentabilité.
Validation des données, omnicanalité, automation marketing, fidélisation ou encore optimisation du checkout : les enjeux sont nombreux et au cœur des stratégies digitales.
Pour mieux comprendre ces problématiques et découvrir comment Data Enso accompagne les entreprises sur ces sujets, nous avons échangé avec Sandrine Le Cam, CMO chez Data Enso. Elle revient sur la mission de Data Enso, les tendances qui transforment le e-commerce et l’importance d’une donnée fiable et unifiée pour améliorer la performance marketing et l’expérience client.
1. Pour commencer, pouvez-vous vous présenter et nous expliquer votre rôle au sein de Data Enso ?
“Je suis CMO associée chez Data Enso. Mon rôle couvre l’ensemble de la stratégie marketing : faire connaître nos solutions, évangéliser sur les enjeux de la data quality et accompagner nos prospects dans leur prise de conscience que la donnée est un actif stratégique, pas juste une case à cocher dans un CRM.
J’ai passé plus de 20 ans à gérer, avec mes équipes, des milliers de campagnes marketing sur tous les médias digitaux.
À chaque fois, on a lancé la campagne, on a testé, on a analysé, on a modifié, on a relancé, puis retesté et automatisé. On s’est souvent concentré sur le contenu, l’UX, le design et le ciblage pour améliorer les campagnes et les automatisations. Mais le problème se trouvait aussi sur l’obsolescence de notre donnée.
Aujourd’hui, ça me passionne d’être au cœur d’un sujet qui touche absolument toutes les fonctions d’une entreprise : le marketing, le commercial, la logistique, le service client… et de me dire qu’on peut les aider à avoir confiance dans leurs données et à sur-performer.”
2. Pouvez-vous nous présenter Data Enso et les problématiques auxquelles votre solution répond aujourd’hui pour les e-commerçants ?
“Data Enso est une solution française de Data Quality. Notre mission permet de garantir une donnée clients fiable, à jour et exploitable au moment de la campagne.
Pour cela, nous vérifions, suggérons, enrichissons et nettoyons la donnée : email, téléphone, adresse postale, civilité, redressement nom/prénom, compte WhatsApp actif, enfant, âge, revenus, siret, santé financière, IBAN, déménagés, entreprises fermées…
Nous intervenons en live dans les formulaires de commande, création de compte, inscription newsletter, etc, mais aussi sur les bases de données existantes de nos clients pour nettoyer, normaliser et dédoublonner des historiques parfois vieux de plusieurs années.
Le but est de fluidifier le parcours client, d’optimiser les campagnes et d’augmenter l’efficacité commerciale.
Les problématiques que nous résolvons sont très concrètes : un client qui ne reçoit pas sa commande parce que son adresse est mal saisie ou qu’il a déménagé, une campagne email qui part dans le vide parce que 20% des adresses sont invalides, une coupure de compte méta parce que vous envoyez des messages WhatsApp sur des numéros sans compte actif, un commercial qui perd du temps à appeler des numéros hors service… Tout cela coûte de l’argent et dégrade l’expérience client.”
3. La qualité de la donnée client est devenue un enjeu stratégique pour les marques. Pourquoi est-il aujourd’hui essentiel de travailler sur la validation, l’enrichissement et la déduplication des données ?
“Parce que les données se dégradent naturellement avec le temps. On estime qu’une base de données perd entre 20 et 25% de sa fiabilité chaque année : déménagements, changements d’adresse email, numéros de téléphone abandonnés… Sans action corrective régulière, vous construisez vos campagnes d’acquisition et de fidélisation sur du vent.
Par exemple, si votre base email contient 15 % d’adresses invalides et que vous envoyez 200 000 messages, vous payez pour 30 000 envois inutiles ! Vous dégradez votre réputation d’expéditeur notamment auprès de FAI comme Gmail ou Yahoo qui exigent désormais des taux de rebond très faibles, et vous faussez tous vos KPIs. Votre taux d’ouverture apparent peut sembler bon, mais il est calculé sur une base biaisée.
La déduplication, elle, est souvent sous-estimée. Un client présent trois fois dans votre CRM, ce sont trois communications identiques ou pires, ce sont trois communications opposées. Mais c’est aussi un parcours incohérent et une vision fausse de votre base active. On touche à l’expérience client, à la notoriété de marque, aux avis clients… Aujourd’hui, on sait à quel point ça peut coûter cher.
Côté enrichissement de contact, le but est surtout de contacter la personne aux bonnes coordonnées. Le client a déménagé à La Baule ? Arrêtons de lui envoyer des communications email ou sms avec des offres valables sur la boutique de Biarritz. Le client à un compte WhatsApp ? Proposez-lui de rentrer dans la communauté de la marque pour voir les derniers tuto (et offres commerciales). Votre client est non-ouvreurs depuis plusieurs mois ? Envoyez-lui un sms pour découvrir vos dernières nouveautés.
L’enrichissement client, permet aussi de passer d’une base « contact » à une base « connaissance client » ? Savoir que votre acheteur est une CSP+, qu’il a des enfants en bas âge ou qu’il est passionné de randonnée, ça change radicalement la pertinence de vos campagnes et votre capacité à personnaliser.
Côté B2B, l’enrichissement permet d’ajouter des données firmographiques pour une segmentation commerciale bien plus fine que ce soit dans l’organisation des équipes que dans les campagnes.”
4. Vous accompagnez des acteurs B2B comme B2C. Quelles différences observez-vous dans les enjeux data et CRM entre ces deux univers ?
“Les enjeux sont réels dans les deux univers, mais la nature de la donnée et le cycle de vie client sont très différents.
En B2C, le volume est massif et les données se renouvellent vite. Les clients créent un compte, voire plusieurs, achètent parfois une seule fois, déménagent, changent d’adresse email. La problématique principale est d’ordre opérationnel : s’assurer que chaque contact est joignable au bon endroit, au bon moment. Le formulaire de checkout est souvent la seule opportunité de collecter une donnée propre donc il ne faut pas la rater.
En B2B, la donnée est plus riche mais aussi plus volatile. Les interlocuteurs changent de poste, les entreprises fusionnent, des SIRET disparaissent. Ici, l’enrichissement prend tout son sens : connaître la santé financière d’un prospect, son secteur d’activité précis ou sa taille permet de qualifier bien mieux les leads et d’éviter à un commercial de prospecter une entreprise en difficulté ou hors cible.
Ce qui est commun aux deux, c’est la nécessité d’agir à la source, dès la saisie dans les formulaires mais aussi de gérer la donnée tout au long de sa vie. Il faut éviter de laisser s’accumuler des données incorrectes qu’il faudra corriger à grand frais plus tard.”
5. Les temps forts commerciaux comme le Black Friday ou les soldes mettent souvent les organisations sous pression. Comment une meilleure gestion de la donnée peut-elle aider les e-commerçants à optimiser leurs performances durant ces périodes clés ?
“Le Black Friday est l’exemple parfait où une base dégradée coûte très cher, au sens propre. Et ces périodes de soldes sont révélatrices de l’état réel de votre data.
Sur une période où le CPM publicitaire monte de 30 à 50 %, où chaque envoi compte, vous ne pouvez pas vous permettre de gaspiller un tiers de votre budget sur des contacts non joignables ou non qualifiés. Quand vous envoyez une campagne à toute votre base le jour du Black Friday, chaque adresse invalide est un coût immédiat, chaque doublon est un client sur-sollicité qui risque de se désabonner, et chaque numéro de téléphone erroné est une notification SMS perdue.
Nos clients, qui travaillent leur base en continu, observent une amélioration des conversions, des taux d’ouverture email et une réduction significative des coûts de campagne et du coût par client.
La validation en temps réel au niveau des formulaires joue aussi un rôle clé pendant ces périodes. Quand vous faites une acquisition massive de nouveaux contacts via un jeu concours ou une offre spéciale Black Friday, vous voulez être sûr que les données collectées sont exploitables dès le premier envoi. Une adresse mail saisie à la collecte, c’est une vente, un client perdu définitivement.
Nous recommandons aux e-commerçants d’anticiper. Nettoyer et valider leur base quelques semaines avant les grands temps forts, s’ils ne le font pas de manière régulière.”
6. Les campagnes email, SMS ou WhatsApp restent des leviers majeurs de conversion et de fidélisation. Comment Data Enso aide-t-il les marques à améliorer l’efficacité de leurs communications marketing ?
“On valide l’existence des adresses email, on vérifie les numéros de téléphone mobile (indispensable pour le SMS et WhatsApp), on détecte les adresses mail et téléphones temporaires ou les boîtes mail poubelles souvent utilisées pour profiter d’une offre sans laisser de contact réel. Il ne faut pas oublier non plus que depuis novembre 2025, Gmail et Yahoo rejettent explicitement les emails provenant de domaines dont le taux de rebond est trop élevé, ce n’est plus une question de recommandation, c’est une obligation technique.
Sur le SMS, la vérification du type de ligne (mobile VS fixe) est essentielle. Envoyer un SMS marketing à un numéro fixe, ou mal normalisé ou inactif, c’est un coût direct et un signal négatif auprès des opérateurs.
C’est aussi particulièrement crucial pour les SMS transactionnels (confirmation de commande, suivi de livraison) où la non-réception génère immédiatement une insatisfaction client et une surcharge du service client.
Côté WhatsApp, nous validons aussi l’existence d’un compte WhatsApp actif pour éviter que vous soyez banni par Meta pour avoir envoyé trop de messages WhatsApp sur des numéros sans compte.
Nos solutions agissent à deux niveaux : sur les bases existantes de nos clients et directement dans les formulaires. Ces validations dans les formulaires sont instantanées, transparentes pour l’utilisateur, et ça évite une perte de contact dès l’entrée dans la base.”
7. Aujourd’hui, l’expérience utilisateur se joue dès le checkout ou la création de compte. Comment vos solutions permettent-elles de fluidifier ces étapes tout en améliorant la qualité des données collectées ?
“Le formulaire est à la fois le point de collecte et le point de friction. Trop d’étapes, trop d’erreurs mal gérées, et l’utilisateur abandonne. On sait que près de 70 % des paniers sont abandonnés en ligne, le checkout est l’un des points de friction majeur.
Notre contribution principale ici, c’est l’autocomplétion et la validation en temps réel.
La validation des emails en temps réel permet d’augmenter le taux de contact des abandons de paniers.
L’autocomplétion de l’adresse postale en temps réel réduit le temps passé sur le check out et sécurise l’information. Quand un client commence à taper son adresse, notre solution propose automatiquement les suggestions normalisées : rue, code postal, ville. Ceci divise par deux le temps de saisie et élimine les erreurs. Pour un e-commerçant, une adresse de livraison propre, c’est moins de retours, moins de SAV, moins de pertes sur la chaîne logistique.
Sur la création de compte, la validation email instantanée évite les frustrations liées aux emails de confirmation qui n’arrivent jamais juste parce que l’adresse a été mal saisie. C’est un levier simple mais souvent négligé sur l’activation des nouveaux inscrits.
Le résultat est double : l’utilisateur passe moins de temps à corriger ses erreurs, ce qui fluidifie le checkout, et la donnée enregistrée dans votre CRM est propre dès le départ. C’est bien moins coûteux que de devoir la corriger a posteriori.”
8. Entre personnalisation, omnicanalité et automation, les marques cherchent à proposer des parcours toujours plus cohérents. Quel rôle joue la donnée unifiée dans cette transformation ?
“La donnée unifiée est le prérequis absolu de toute stratégie omnicanale. Vous ne pouvez pas proposer un parcours cohérent à un client si vous ne savez pas avec certitude que « Jean Dupont » sur votre site, « J. Dupont » dans votre CRM et « [email protected] » dans votre outil emailing désignent la même personne.
La déduplication et la normalisation permettent de construire une vue client unique, la fameuse « single customer view », qui est la fondation sur laquelle toute personnalisation repose. Sans elle, vous envoyez un email de relance à quelqu’un qui vient d’acheter en magasin, vous proposez une offre de bienvenue à un client fidèle depuis trois ans, en fait vous découpez des historiques d’achats qui devraient être liés.
Un exemple parlant : une enseigne retail qui avait 800 000 contacts en base a découvert, après réconciliation, qu’elle avait en réalité 650 000 clients uniques. Cela a changé toute sa stratégie de fidélisation, et son budget.
L’automation, elle, est d’autant plus efficace que la donnée qui l’alimente est fiable. C’est la condition sine qua non pour que l’automation soit réellement personnalisée et que le parcours soit fluide, et ce, que le client interagisse en magasin, sur le site ou via une application. Un scénario de relance post-achat qui s’appuie sur une adresse email correcte et un numéro de téléphone valide génère mécaniquement de meilleures performances. Ce n’est pas magique, c’est de l’hygiène data.”
9. La conformité RGPD et la lutte contre la fraude sont devenues incontournables. Comment concilier performance marketing, sécurité et collecte conforme des données ?
“Je pense qu’on oppose trop souvent performance et conformité, alors qu’une base propre et conforme est précisément une base plus performante.
Le RGPD impose de ne conserver que des données exactes et à jour. Ce sont exactement les principes que nous mettons en œuvre : valider à la source pour éviter les données inutilisables, nettoyer régulièrement pour maintenir la fraîcheur, dédoublonner pour ne pas accumuler des entrées redondantes. Travailler la qualité de sa base, c’est donc déjà une démarche de mise en conformité. La détection des contacts décédés, par exemple, est un enjeu à la fois éthique, réglementaire et commercial.
Sur la fraude, la validation en temps réel joue aussi un rôle préventif. Détecter les adresses email temporaires ou les numéros de téléphone fictifs au moment de la création de compte permet de limiter les inscriptions frauduleuses, les abus de codes promo ou les faux comptes. C’est une couche de protection supplémentaire, simple à activer mais concrètement efficace.”
10. Enfin, quels sont selon vous les grands enjeux autour de la data et de l’expérience client pour les e-commerçants dans les prochaines années ?
“Je vois trois grandes tendances qui vont s’accélérer.
La première, c’est la fin des données tierces et la montée en puissance de la first-party data. Avec la disparition progressive des cookies tiers, les e-commerçants qui auront une base first-party riche, propre et bien segmentée auront un avantage concurrentiel massif. La qualité de la donnée collectée directement va devenir un actif stratégique.
La deuxième, c’est l’IA appliquée à la personnalisation. Les outils d’IA générative permettent aujourd’hui de personnaliser les contenus à une granularité inédite mais l’IA ne peut pas compenser une donnée de mauvaise qualité en entrée. Le principe du « garbage in, garbage out » n’a jamais été aussi vrai qu’avec le machine learning.
La troisième, c’est l’exigence croissante des consommateurs en matière d’expérience et d’omnicanal. Ils attendent une cohérence parfaite entre tous les points de contact, une personnalisation pertinente et une gestion transparente de leurs données. Les marques qui ne seront pas en mesure de répondre à ces attentes, faute d’une donnée client fiable et unifiée, perdront en engagement et en rétention.
La donnée n’est pas un sujet technique réservé aux DSI. C’est un sujet stratégique et business qui appartient au CMO autant qu’au CTO.”
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