PrestaShop : 72% des contributions viennent de ses équipes, Mikołaj Król veut mieux monétiser l’écosystème

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PrestaShop 72% des contributions viennent de ses équipes, Mikołaj Król veut mieux monétiser l’écosystème

Six mois après son arrivée à la tête de PrestaShop, Mikołaj Król prend publiquement la parole sur la restructuration engagée par l’entreprise et, surtout, sur le modèle économique qu’il veut désormais construire. Dans une lettre ouverte adressée aux développeurs, agences, partenaires et marchands, le CEO reconnaît une organisation devenue trop complexe, un manque de rentabilité historique et une dépendance importante du projet open source aux équipes salariées qui le maintiennent.

Le message dépasse donc largement le bilan d’un plan social. PrestaShop demande désormais plus explicitement à son écosystème de privilégier les solutions officielles, acheter via sa Marketplace et accepter davantage de collecte de données, afin de générer les revenus nécessaires au développement de la plateforme.

En bref : les chiffres à retenir

  • 61% des contributions au code depuis les débuts de PrestaShop ont été réalisées par ses équipes, contre 39 % par la communauté ;
  • en 2025, l’écart atteint 72% contre 28% ;
  • environ 60% des revenus de PrestaShop proviennent des paiements via ses PSP officiels ;
  • près d’un tiers provient de la Marketplace ;
  • selon le baromètre Friends of Presta cité par l’entreprise, 68% du e-commerce fonctionnerait sur de l’open source et PrestaShop resterait le CMS le plus représenté en Europe parmi les boutiques à fort trafic.

Après le PSE, PrestaShop veut repartir sur une organisation plus légère

Mikołaj Król ne cherche pas à éluder la restructuration menée depuis son arrivée. Le dirigeant confirme qu’un PSE a conduit au départ d’un nombre important de salariés, une décision qu’il présente comme nécessaire pour rendre l’entreprise plus rentable et plus agile.

Il assume également la dimension humaine de cette décision : « j’espère sincèrement ne plus jamais avoir à en reprendre une similaire », écrit-il.

Selon le dirigeant, PrestaShop avait progressivement accumulé trop de complexité. Soumettre un module sur la Marketplace, devenir partenaire ou faire certifier une agence étaient devenus des processus inutilement lourds.

Cette réorganisation intervient après l’acquisition de PrestaShop par cyber_Folks, avec un rapprochement croissant avec Sylius. Król affirme aujourd’hui que l’entreprise dispose d’une « vraie traction » et de « revenus solides ». La lettre ne fournit cependant aucun chiffre permettant de quantifier ces deux affirmations, qui restent donc des éléments communiqués par la direction.

L’open source dépend davantage de PrestaShop qu’il n’y paraît

La donnée la plus éclairante concerne le développement du produit. Sur l’ensemble de son histoire, 61% des contributions au code ont été effectuées par les équipes PrestaShop, contre 39% par la communauté.

En 2025, le poids de l’entreprise s’est encore renforcé : 72% des contributions venaient des salariés de PrestaShop et seulement 28% de contributeurs externes.

Pour Król, cette répartition montre qu’un projet open source ne peut pas durablement compter uniquement sur le bénévolat de sa communauté. La pérennité de la plateforme dépend donc aussi de la capacité de l’entreprise à financer ses développeurs.

Cela ne signifie pas que la plateforme manque de poids sur le marché. PrestaShop met en avant le dernier baromètre Friends of Presta, qui la positionne comme le CMS le plus représenté parmi les boutiques européennes à fort trafic, dans un marché où 68% des sites e-commerce fonctionneraient déjà sur une technologie open source. Nous avions détaillé ces évolutions dans notre baromètre des CMS e-commerce.

Paiements et Marketplace : comment PrestaShop finance aujourd’hui son produit

La lettre fournit également une ventilation inhabituelle du modèle économique.

Environ 60% des revenus de PrestaShop proviennent actuellement des paiements, grâce aux PSP officiels et aux intégrations développées avec eux. Près d’un tiers vient des achats réalisés sur la Marketplace. Le reste est issu d’autres activités et du marketing.

La demande adressée aux agences et marchands devient donc très concrète : choisir les solutions qui reversent une partie de leur valeur à PrestaShop.

L’entreprise encourage notamment l’utilisation des intégrations partenaires officielles, les achats via sa Marketplace et l’activation de CloudSync. Ce dernier permet à PrestaShop de mieux comprendre l’usage de sa plateforme, mais également d’attribuer les revenus d’affiliation.

PrestaShop prévoit aussi de rendre ses modules affiliés plus visibles sur la Marketplace, ce qui matérialise davantage cette nouvelle logique économique.

L’analyse de Lilian : monétiser PrestaShop n’est peut-être pas une rupture avec ses origines

Le passage qui m’intéresse le plus dans cette lettre se situe presque vingt ans en arrière.

Mikołaj Król raconte être allé rencontrer à San Francisco Bruno Lévêque, fondateur de PrestaShop, et lui avoir demandé pourquoi le projet avait initialement été rendu open source. Sa réponse casse quelque peu le récit romantique de l’open source : il s’agissait notamment du moyen le plus efficace, à l’époque, de gagner en visibilité et d’attirer des investisseurs.

Cela change la lecture de la stratégie actuelle. PrestaShop n’abandonne pas nécessairement un modèle historiquement désintéressé pour devenir soudainement commercial. Le pragmatisme économique faisait déjà partie de son ADN.

La vraie question est plutôt celle de l’équilibre. Quand 72% des contributions annuelles sont financées directement par l’entreprise, il paraît logique que PrestaShop cherche à mieux capter la valeur générée autour de son logiciel.

Mais demander aux marchands et agences de privilégier les PSP officiels, la Marketplace ou CloudSync implique une contrepartie : ces solutions devront être choisies parce qu’elles sont compétitives et utiles, pas uniquement parce qu’elles financent PrestaShop.

C’est probablement là que se jouera la refondation annoncée par Mikołaj Król : réussir à mieux monétiser un écosystème ouvert sans réduire la liberté de choix qui a précisément permis à cet écosystème de se développer.