Shein suspendue en France après la vente de produits illégaux : que risque la marketplace ?

Shein suspendue en France après la vente de produits illégaux : que risque la marketplace ?

Le gouvernement français a lancé, le 5 novembre 2025, une procédure inédite de suspension de la plateforme Shein. Une décision qui intervient dans un contexte déjà tendu autour du géant de la fast fashion, à la suite de la découverte sur son site de produits illégaux, notamment des poupées sexuelles à l’apparence enfantine et des armes de catégorie A.

Une procédure de suspension immédiate

Selon le communiqué diffusé par Matignon, « sur instruction du Premier ministre, le gouvernement engage la procédure de suspension de Shein le temps nécessaire pour que la plateforme démontre aux pouvoirs publics que l’ensemble de ses contenus soient en conformité avec nos lois et règlements ».
Un premier point d’étape doit être présenté dans les 48 heures afin d’évaluer les mesures prises par la société.

Cette annonce a été suivie d’une double action gouvernementale :

  • Une saisine de la justice pour demander le blocage du site au nom des « graves dommages à l’ordre public » causés par ses défaillances, selon le ministère de l’Intérieur ;
  • Et une injonction administrative confiée à la DGCCRF, qui peut exiger le retrait des contenus illégaux et, à défaut de conformité sous 48 heures, ordonner la suspension ou le déréférencement du site par les fournisseurs d’accès et les moteurs de recherche.

Le ministre de l’Économie, Roland Lescure, a précisé sur LCI que la procédure pourrait être « très rapide » : « Si Shein ne se conforme pas, le site peut disparaître des moteurs de recherche en quelques jours. »

Une réponse à une succession de polémiques

Cette décision s’inscrit dans une série de polémiques qui ébranlent depuis plusieurs mois la réputation de Shein en Europe.
Début novembre, la DGCCRF a révélé la présence sur le site de poupées sexuelles à caractère pédopornographique, entraînant l’ouverture d’une enquête par le parquet de Paris. Dans la foulée, des armes prohibées, machettes, poings américains, ont été découvertes sur la plateforme, cette fois dans la section marketplace, où des vendeurs tiers peuvent librement proposer leurs produits.

Shein suspend sa marketplace et annonce un audit complet

En parallèle à la procédure engagée par le gouvernement, SHEIN a publié un communiqué annonçant la suspension temporaire de sa marketplace en France, indépendamment de la décision de Matignon.
L’entreprise y explique avoir pris cette décision « afin de répondre aux préoccupations exprimées ces derniers jours » et de mener une revue complète de ses procédures internes.

« Cette mesure vise à garantir une conformité totale avec la législation française et le plus haut niveau de protection des consommateurs », précise le groupe.

Shein indique que sa Marketplace Integrity Taskforce supervise cette démarche, comprenant :

  • un audit approfondi des fiches produits et des catégories ;
  • un renforcement des contrôles sur les vendeurs tiers ;
  • et une surveillance accrue de la plateforme.

Dans le communiqué, Quentin Ruffat, directeur des relations extérieures de Shein France, déclare :

« Nous prenons acte de l’annonce faite aujourd’hui par le gouvernement. La sécurité de nos clients et l’intégrité de notre Marketplace sont nos priorités absolues. Cette suspension nous permet de renforcer nos mécanismes de responsabilité et de garantir que chaque produit proposé respecte nos standards et nos obligations légales. »

SHEIN affirme également vouloir « engager dans les plus brefs délais un dialogue avec les autorités françaises » pour présenter les mesures déjà mises en œuvre et répondre aux préoccupations du gouvernement.

Une implantation en France sous haute tension

L’annonce de cette suspension intervient le jour même de l’ouverture du premier magasin permanent Shein en France, au BHV Marais, à Paris.
Un lancement hautement symbolique pour la marque, qui souhaitait s’ancrer physiquement sur le marché européen après une série de boutiques éphémères. Mais cette inauguration, sous forte surveillance policière, a été éclipsée par la polémique.

Plusieurs acteurs du secteur, élus et syndicats ont dénoncé l’installation d’une enseigne incarnant la fast fashion dans un lieu historique du commerce parisien.
Frédéric Merlin, président de la Société des Grands Magasins (SGM), propriétaire du BHV depuis 2023, s’est déclaré « satisfait » de la suspension de la marketplace :

« J’espère qu’on pourra enfin stopper la vente de produits illicites sur ces plateformes », a-t-il confié à la presse.

Une régulation européenne qui se durcit

Cette procédure française s’inscrit dans un contexte européen de durcissement de la régulation du e-commerce.
Le gouvernement a saisi la Commission européenne pour qu’elle enquête sur les pratiques de Shein, déjà sanctionnée à plusieurs reprises pour fausses promotions, manquements au RGPD ou non-déclaration de microfibres plastiques. Le montant total de ces amendes dépasse 190 millions d’euros.

À Bruxelles comme à Paris, les autorités estiment que les plateformes étrangères doivent se conformer aux mêmes standards que les acteurs européens.
Le Digital Services Act (DSA) impose depuis 2024 des obligations de modération renforcées pour les très grandes plateformes , un statut dans lequel Shein entre pleinement, avec 25 millions de clients en France.

Une proposition transpartisane de résolution européenne est d’ailleurs en cours d’élaboration à l’Assemblée nationale pour renforcer les mécanismes de contrôle et responsabiliser les marketplaces en matière de sécurité des produits.

Un signal pour tout le secteur du e-commerce

L’affaire Shein illustre un tournant pour le commerce en ligne.
En France, les autorités multiplient les actions contre les plateformes étrangères qui échappent partiellement au contrôle réglementaire. Selon une étude de l’UFC-Que Choisir, 7 produits sur 10 vendus sur Shein ou Temu seraient jugés dangereux.
Cette suspension pourrait donc inciter d’autres acteurs du e-commerce à renforcer leurs dispositifs de conformité et leurs audits fournisseurs.

Un test politique et économique

En engageant cette procédure de suspension, le gouvernement envoie un signal politique fort : la régulation du e-commerce ne saurait être optionnelle.
Mais l’enjeu est aussi économique : Shein pèse lourd dans la consommation en ligne, notamment auprès des jeunes générations. Sa suspension pourrait avoir des répercussions sur les chaînes logistiques, les influenceurs et les partenaires du retail.

Pour les observateurs, cette affaire constitue un test grandeur nature de la capacité de la France et de l’Europe à imposer des règles communes à des plateformes mondialisées, sans freiner l’innovation ni la compétitivité.