Shein, Temu : 7 produits sur 10 vendus jugés dangereux selon l’UFC-Que Choisir

Shein, Temu : 7 produits sur 10 vendus jugés dangereux selon l’UFC-Que Choisir

L’association de consommateurs UFC-Que Choisir tire la sonnette d’alarme. Selon une enquête publiée le 30 octobre 2025, près de 7 produits sur 10 vendus sur les plateformes chinoises Temu et Shein ne respectent pas les normes de sécurité européennes. Des constats qui soulèvent de sérieuses inquiétudes sur la sécurité des consommateurs mais aussi sur la régulation du e-commerce transfrontalier.

Des tests réalisés sur 162 produits du quotidien

En collaboration avec ses homologues européens en Belgique, Allemagne et Danemark, l’UFC-Que Choisir a commandé 162 produits vendus sur Temu et Shein :

  • 54 chargeurs USB,
  • 54 jouets pour enfants,
  • 54 bijoux fantaisie.

Les articles ont été achetés directement sur les marketplaces, auprès de vendeurs tiers, dans des conditions proches de celles des consommateurs ordinaires. Tous ont ensuite été soumis à des tests chimiques, électriques et mécaniques en laboratoire, afin d’évaluer leur conformité avec la réglementation européenne.

Le verdict : 69% des produits testés sont non conformes, et 57% présentent un danger réel pour les utilisateurs, brûlures, électrocution, intoxication ou risque d’étouffement.

Chargeurs USB : des risques d’incendie et de choc électrique

Les résultats les plus alarmants concernent les chargeurs USB, souvent vendus entre 2 et 18€.
Sur 54 modèles, 51 n’ont pas passé les tests mécaniques (pièces cassées, broches tordues, boîtiers fissurés) et 21 n’affichaient pas de marquage CE conforme.

Plus grave encore, les tests ont révélé que 14 chargeurs chauffaient au-delà des limites autorisées, certains atteignant plus de 100°C, et que 4 modèles présentaient des circuits à haute et basse tension trop proches, risquant de provoquer des arcs électriques.

Au total, seuls deux chargeurs, un par plateforme, respectaient pleinement les exigences européennes.

Jouets : substances toxiques et petites pièces dangereuses

Les jouets destinés aux enfants de moins de 3 ans se distinguent également par leur fort taux de non-conformité : un seul modèle sur 54 respectait les normes européennes.

Parmi les infractions relevées :

  • des niveaux sonores dépassant 115 décibels,
  • des présences de substances chimiques interdites, dont du formaldéhyde (jusqu’à 164 mg/kg) et du nonylphénol éthoxylate (jusqu’à 440 mg/kg),
  • et des petites pièces se détachant facilement, présentant un risque d’ingestion pour les jeunes enfants.

Les compartiments de piles de plusieurs jouets se sont également ouverts trop facilement, ce qui augmente les risques d’accident domestique.

Bijoux : le cadmium et le nickel toujours présents

Les bijoux achetés sur les deux plateformes se révèlent légèrement plus sûrs, mais les écarts de conformité demeurent inquiétants.

Sur 54 colliers testés, 7 contenaient des métaux lourds à des concentrations très au-delà des seuils légaux.
L’un des bijoux achetés sur Shein contenait 87% de cadmium, soit 8 700 fois la limite autorisée. Ce métal, hautement toxique, est interdit dans les produits au contact de la peau.

L’UFC souligne également un manque de cohérence dans la fabrication : certains produits identiques étaient conformes dans un échantillon, mais non conformes dans un autre, un signe de contrôles qualité insuffisants dans les chaînes d’approvisionnement.

Des obligations accrues avec le Digital Services Act

Depuis 2023, le Digital Services Act (DSA) impose aux grandes plateformes en ligne, dont Temu et Shein, d’agir rapidement lorsqu’un produit dangereux est signalé.
Pour vérifier le respect de cette règle, l’UFC-Que Choisir a signalé les anomalies aux deux marketplaces.

Les réactions ont été contrastées :

  • Temu a accusé réception avant de demander un échange avec l’association.
  • Shein, de son côté, a retiré les produits concernés et lancé une campagne de rappel auprès des acheteurs, conformément aux obligations du DSA.

Cependant, des produits similaires sont toujours disponibles en ligne, et rien ne garantit que les références retirées ne réapparaîtront pas via d’autres vendeurs tiers.

Une explosion des importations depuis la Chine

L’enquête s’inscrit dans un contexte d’essor massif du commerce transfrontalier.
Selon la Commission européenne, 4,6 milliards de petits colis venus de Chine ont été livrés dans l’Union européenne en 2024, soit 12 millions de paquets par jour. C’est deux fois plus qu’en 2023 et trois fois plus qu’en 2022.

Une grande partie de ces envois provient de Temu et Shein, qui misent sur leurs prix très bas, une expérience d’achat gamifiée et une logistique ultra-rapide.
Mais cette croissance fulgurante met en lumière les zones grises de la réglementation, notamment sur les produits expédiés directement depuis des entrepôts chinois sans contrôle préalable sur le sol européen.

Une pression croissante sur les marketplaces

Cette enquête s’ajoute à plusieurs mises en garde émises par les autorités européennes ces derniers mois.
En septembre 2025, la Commission européenne a ouvert une enquête officielle sur Temu pour non-conformité présumée au DSA.
Shein, déjà sous surveillance, a annoncé vouloir ouvrir un centre de conformité européen afin de renforcer ses contrôles produits.

Pour les e-commerçants européens, cette situation soulève une double problématique : la distorsion de concurrence avec des acteurs qui échappent en partie aux obligations locales, et le risque de réputation lié à des produits potentiellement dangereux circulant sur les mêmes plateformes que les marques légitimes.

Un signal fort à l’approche des fêtes

À l’approche du Black Friday et des achats de Noël, l’UFC-Que Choisir appelle les consommateurs à la prudence.
Si les plateformes de fast e-commerce séduisent par leurs prix et la rapidité de leurs livraisons, l’association rappelle que le faible coût ne doit pas se faire au détriment de la sécurité.