Top 100 e-commerce 2025 : Temu bouscule les géants, la fin du modèle centré sur l’offre
Le e-commerce français continue de progresser, mais la dynamique de croissance révèle un déséquilibre devenu difficile à ignorer. Selon les dernières données du Top 100 E-commerce 2025 publiées par ECDB, un classement de référence établi sur la base stricte du chiffre d’affaires net généré en ligne sur le territoire français, le marché atteint 68,3 milliards d’euros (+5,9%). Une croissance solide, bien que loin des rythmes post-Covid.
Cependant, derrière cette apparente stabilité macro-économique, un phénomène beaucoup plus profond se dessine : la concentration accélérée de la valeur autour d’un nombre très réduit d’acteurs. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : si le Top 100 affiche une croissance moyenne de +8,7%, le Top 10, lui, grimpe à +12,5%. Autrement dit, plus les acteurs sont massifs, plus ils accélèrent. Le reste du marché est mécaniquement comprimé.
Ce décalage n’est pas anodin. Il traduit un changement de paradigme dans la manière dont le e-commerce fonctionne en France.
Le Top 10 dominé par les machines à trafic internationales
Le classement 2025 confirme une tendance lourde : les plateformes internationales contrôlent désormais la découverte produit, le trafic et une part croissante de la conversion.
Le Top 10 se compose ainsi :
- Amazon (=)
- Temu (+5)
- Shein (+1)
- AliExpress (-2)
- Vinted (=)
- Carrefour (-2)
- Veepee (=)
- eBay (=)
- Cdiscount (=)
- Apple (+1)
Amazon conserve sa première place sans surprise. Mais le véritable fait marquant est ailleurs : l’ascension fulgurante de Temu, qui gagne cinq positions en un an pour s’installer directement en deuxième place.
Le Top 5 français repose désormais sur trois modèles très distincts :
- les marketplaces globales (Amazon, AliExpress)
- les plateformes mobile-first transfrontalières (Temu, Shein)
- les modèles C2C intégrés (Vinted)
L’entrée de Temu à ce niveau n’est pas un simple mouvement de classement. Elle marque une rupture. L’application chinoise repose sur une combinaison difficile à répliquer : acquisition massive via le mobile, politique de prix agressive, logistique globale optimisée et expérience utilisateur fortement gamifiée.
Le Top 100 complet :

La résistance française s’organise autour de la proximité
Face à cette pression internationale, les acteurs français ne disparaissent pas. Mais ils résistent là où ils disposent d’avantages difficiles à répliquer.
Carrefour (6e), Auchan (11e), Leroy Merlin (12e), E.Leclerc (13e) ou encore Fnac (19e) restent solidement installés dans le classement.
Leur maintien repose sur des fondamentaux très concrets :
- une fréquence d’achat élevée, notamment sur l’alimentaire
- une logistique de proximité, avec le drive et le click & collect
- une relation client omnicanale, difficile à reproduire pour des pure players internationaux
Le e-grocery illustre parfaitement cette spécificité française. Là où d’autres marchés ont vu les plateformes globales dominer rapidement, l’alimentaire reste encore largement entre les mains d’acteurs locaux.
Certains distributeurs vont même plus loin en testant de nouveaux points d’entrée dans le parcours d’achat, notamment via des interfaces conversationnelles. Cela montre que la résistance ne passe plus uniquement par l’offre, mais par la capacité à intégrer de nouveaux usages.
Mode & Beauté : des marchés saturés, mais pas stabilisés
Avec 36 acteurs dans le Top 100, la mode reste le secteur le plus représenté. Mais cette densité cache une recomposition importante.
La valeur se concentre désormais autour de deux types d’acteurs :
- les plateformes et agrégateurs (Zalando, Vinted)
- les écosystèmes multimarques ou événementiels (Veepee, Showroomprivé)
À l’inverse, les marques D2C classiques peinent à maintenir leur position. Le recul de Lacoste (-18 places) en est l’exemple le plus marquant.
Quelques progressions illustrent toutefois que le marché reste mouvant :
- Bershka (+12)
- Galeries Lafayette (+12)
- Uniqlo (+6)
- Mango (+6)
La conclusion est sans appel : l’offre produit seule ne suffit plus. La capacité à exister dans des environnements saturés, marketplaces, réseaux sociaux, applications, devient déterminante.
Le secteur de la beauté présente un autre paradoxe. Malgré son influence digitale (réseaux sociaux, créateurs de contenus), il reste relativement peu dominant en e-commerce.
Sephora, premier acteur du secteur, n’apparaît qu’à la 27e place. Derrière, les positions sont encore plus dispersées : Nocibé (47e), Aroma-Zone (52e), Notino (64e).
Cela suggère deux choses :
une partie de la conversion reste encore offline, et l’expérience digitale n’est pas totalement optimisée. Pour les acteurs du secteur, le potentiel de croissance reste donc important.
Des écarts qui se creusent dans tout le classement
Au-delà du Top 10, le classement met en évidence une volatilité croissante.
Certains acteurs enregistrent des progressions rapides, souvent liées à un positionnement clair ou à une forte exécution :
- BestSecret (+40)
- Catawiki (+15)
- Norauto (+4)
- Notino (+5)
À l’inverse, plusieurs acteurs historiques reculent :
- Rue du Commerce (-12)
- Lacoste (-18)
- Beauté Privée (-6)
- Bonprix (-6)
Ces mouvements traduisent une réalité simple : le marché ne pardonne plus les positionnements flous ou les expériences insuffisamment différenciantes.
Mon Analyse : la fin du e-commerce centré sur le catalogue
Ce classement ECDB 2025 ne raconte pas seulement une hiérarchie d’acteurs. Il met en évidence une transformation structurelle du e-commerce français.
Première évolution : les acteurs dominants ne sont plus de simples retailers. Ce sont des plateformes capables d’intégrer plusieurs couches de valeur : acquisition, découverte produit, conversion, logistique et monétisation publicitaire.
Deuxième point clé : la découverte devient le point de contrôle stratégique. Les plateformes qui captent l’attention en amont du besoin captent mécaniquement la transaction.
Enfin, le modèle marketplace s’impose comme standard, non seulement pour distribuer des produits, mais aussi pour structurer des écosystèmes complets.
Pour les e-commerçants, l’enjeu est désormais double :
- être présent dans ces environnements pour capter du trafic
- sans sacrifier leur marque, leurs marges et leur relation client
Autrement dit, le défi n’est plus seulement de vendre en ligne. Il est de trouver sa place dans des écosystèmes que l’on ne contrôle pas.
La prochaine phase du e-commerce français ne se jouera pas uniquement sur la croissance globale du marché. Elle dépendra de la capacité des acteurs à construire leur propre écosystème ou à s’insérer intelligemment dans ceux qui dominent déjà l’attention des consommateurs.
Lilian Grandrie-Kalinowski
COO chez E-Commerce Nation depuis plus de 7 ans. Passionné par l’écosystème e-commerce et retail, Lilian pilote l’acquisition chez E-Commerce Nation depuis 2019. Fort d’une vision 360° du secteur, il transforme les données complexes en insights actionnables pour les décideurs. Auteur de plus de 350 articles de référence sur le média, il est une voix reconnue du e-commerce en France.
