Marché du Bricolage en France 2025 : les GSB résistent, le e-commerce bondit
Après trois années de recul, le marché français du bricolage montre des signes de stabilisation. Selon l’étude 2025 publiée par la FMB et INOHA, le circuit des Grandes Surfaces de Bricolage (GSB) a généré 21,8 milliards d’euros TTC de chiffre d’affaires, en baisse de -1,4% sur un an. Le repli reste réel, mais il est nettement moins marqué qu’en 2024, année où le marché avait reculé de -4,3%, comme nous l’analysions dans notre précédent article sur le marché du bricolage en France en 2024.
Pour les enseignes, les industriels et les e-commerçants spécialisés, cette photographie est importante. Le marché reste contraint par la prudence des ménages, la pression sur le pouvoir d’achat et un immobilier ancien encore en retrait par rapport à ses niveaux historiques. Mais le bricolage conserve un socle solide : les dépenses liées à l’entretien, à l’amélioration et au confort du logement restent supérieures à leur niveau d’avant-Covid. Le secteur n’est plus dans l’euphorie post-pandémie, mais il n’est pas revenu à son point de départ.
En bref : les chiffres clés du marché du bricolage 2025
- 21,8 milliards d’euros TTC de chiffre d’affaires pour les GSB en 2025.
- -1,4% de recul sur un an, après -4,3% en 2024.
- +7,7% de croissance pour les ventes en ligne des GSB.
Marché du bricolage 2025 : un recul limité à -1,4% dans les GSB
Le périmètre de l’étude 2025 a été recentré sur le seul circuit des GSB, avec un ajustement méthodologique important : les enseignes Brico Leclerc et celles du groupe Cofaq ne sont plus intégrées. Les chiffres couvrent les ventes réalisées en magasin et les ventes en ligne propres aux enseignes, incluant le click & collect et la livraison à domicile. En revanche, les marketplaces et les prestations de pose réalisées via des artisans partenaires sont exclues.
Cette précision est essentielle pour lire correctement les données. Le marché étudié ne reflète pas l’ensemble de la filière bricolage, mais bien l’activité des grandes surfaces spécialisées, en propre. Dans ce cadre, le chiffre d’affaires recule de 23 milliards d’euros environ au pic de 2021-2023 à 21,8 milliards d’euros en 2025, après 22,1 milliards d’euros en 2024.

Le ralentissement est donc visible, mais il s’atténue. Après la forte correction de 2024, la baisse de 2025 traduit davantage un marché en phase d’atterrissage qu’un décrochage brutal. Le contexte immobilier reste toutefois un frein : les transactions dans l’ancien repartent à 951 000 ventes, soit +13% par rapport à 2024, mais demeurent sous le seuil symbolique du million.

Ventes par rayon : le chauffage et l’électricité sauvent le marché du bricolage
Dans un marché globalement orienté à la baisse, deux rayons progressent en 2025. Le premier est le chauffage, en hausse de +3,3%. Le second est l’électricité, en progression plus modérée de +0,6%. Ces deux familles racontent bien l’évolution du bricolage : les ménages arbitrent, mais continuent d’investir dans les usages liés au confort, à la maîtrise énergétique et à l’amélioration du logement.
Le chauffage bénéficie notamment de la dynamique de la climatisation et ventilation, en hausse de +18%, portée par un été chaud et des épisodes caniculaires précoces. Les combustibles progressent également de +3%, tandis que les équipements de chauffage électrique restent stables. Depuis 2019, le rayon chauffage affiche une progression de +15%, confirmant un déplacement durable de la demande vers le confort thermique.
L’électricité suit une logique proche. Le rayon reste en hausse de +13% par rapport à 2019, soutenu par les travaux de rénovation, l’autonomie énergétique et les équipements liés à la maîtrise de la consommation. Pour les retailers, ces catégories ont un intérêt particulier : elles combinent besoin technique, conseil, réassurance, disponibilité produit et potentiel de contenu pédagogique.
La majorité des rayons restent toutefois en baisse en 2025 :
- Décoration : -3,5%
- Outillage : -2,8%
- Quincaillerie : -2,6%
- Bois et menuiserie : -2,4%
- Revêtements : -2,3%
- Bâtiment : -1,8%
- Plomberie, salle de bains, cuisine : -1,5%
- Jardin : -0,2%

Le marché traduit donc moins un abandon du bricolage qu’une hiérarchisation des projets. Les ménages privilégient les achats utiles, les travaux nécessaires, les gains de confort ou les économies potentielles, plutôt que les projets d’embellissement plus facilement reportables. Certaines familles restent d’ailleurs nettement au-dessus de leur niveau de 2019 : plomberie, salle de bains, cuisine progresse encore de +15% par rapport à l’avant-Covid, tandis que bois et menuiserie reste à +11%.
E-commerce bricolage : une hausse de 7,7% dans les ventes en ligne des GSB
Le signal le plus intéressant pour les e-commerçants concerne le digital. En 2025, les ventes en ligne des GSB progressent de +7,7%, alors que les ventes en magasin reculent de -1,9%. La part du e-commerce atteint désormais 6,2% du chiffre d’affaires des GSB.
Ce chiffre doit toutefois être interprété avec prudence. Les 6,2% ne représentent que les ventes en ligne réalisées en propre par les enseignes GSB, via leurs sites, le click & collect ou la livraison directe à domicile. Les marketplaces, les pure players spécialisés, Amazon, ManoMano ou les ventes réalisées via des plateformes tierces sont exclus du périmètre. Autrement dit, le poids réel du digital dans la filière bricolage est probablement plus élevé que ne le suggère cette seule part de marché.
Pour les pure players et e-commerçants spécialisés, c’est un point important. Le gâteau digital du bricolage ne se limite pas au e-commerce des grandes enseignes. Les clients préparent leurs projets en ligne, comparent les produits, regardent les disponibilités, lisent les avis, consultent des guides d’achat et arbitrent entre livraison, retrait magasin, marketplace ou vendeur spécialisé. Le web influence donc une part beaucoup plus large du parcours que les seules ventes comptabilisées en propre par les GSB.
Dans le bricolage, l’e-commerce ne remplace pas le magasin : il complète un parcours très omnicanal. Le click & collect et la livraison à domicile restent particulièrement importants pour des produits souvent lourds, volumineux ou techniques. Pour les enseignes, la bataille ne se joue pas uniquement sur le prix. Elle se joue sur la qualité de la donnée produit, la disponibilité en temps réel, la clarté des compatibilités, les guides d’achat, les tutoriels, les simulateurs de projet et la capacité à rassurer avant achat.
Parts de marché bricolage : Adeo domine toujours le circuit GSB
Le marché reste fortement concentré. Selon les données partagées, Adeo représente 11,1 milliards d’euros, soit 51% du marché GSB, notamment avec Leroy Merlin, qui pèse 8,979 milliards d’euros à lui seul. Kingfisher atteint 5,4 milliards d’euros, soit 25% de part de marché, avec Castorama et Brico Dépôt. Les Mousquetaires représentent 3 milliards d’euros, soit 14%, tandis que Mr Bricolage atteint 1,8 milliard d’euros, soit 8%.

Cette concentration renforce les enjeux d’omnicanalité. Les grands groupes disposent d’un avantage réseau, mais doivent aussi gérer la complexité : stocks magasins, catalogues longs, disponibilité locale, livraison de produits encombrants, conseil vendeur, contenus digitaux et parcours post-achat.
Mon Analyse : le bricolage entre dans une phase plus rationnelle
L’étude FMB/INOHA confirme que le bricolage reste un marché solide, mais plus sélectif. Les Français restent attachés à leur logement, comme le souligne Paul Cassignol, président de la FMB : « Les Français continuent de considérer leur habitat comme une valeur refuge. » Mais cette valeur refuge ne signifie pas consommation sans arbitrage. Les projets sont plus mesurés, plus utiles, plus liés à la performance énergétique ou au confort.
Pour les retailers et e-commerçants, la priorité consiste à ne plus présenter le bricolage comme une catégorie homogène mais comme une somme de besoins très différents. Le chauffage, l’électricité, la rénovation, le jardin ou la plomberie ne répondent pas aux mêmes intentions d’achat. La croissance du e-commerce montre qu’une partie de la valeur se déplace vers la préparation digitale du projet, même lorsque la transaction ou le retrait reste physique.
Dans ce contexte, les acteurs capables d’associer conseil, disponibilité, contenu technique, stock local et livraison adaptée devraient mieux résister. Le marché ne récompense plus seulement l’étendue de l’offre. Il valorise la capacité à aider le client à choisir le bon produit, au bon moment, pour un projet clairement identifié.
Lilian Grandrie-Kalinowski
COO chez E-Commerce Nation depuis plus de 7 ans. Passionné par l’écosystème e-commerce et retail, Lilian pilote l’acquisition chez E-Commerce Nation depuis 2019. Fort d’une vision 360° du secteur, il transforme les données complexes en insights actionnables pour les décideurs. Auteur de plus de 350 articles de référence sur le média, il est une voix reconnue du e-commerce en France.
