Tech for Retail 2026: 2 jours pour transformer vos priorités retail
Les 30 novembre et 1er décembre 2026, Tech for Retail fera son retour à Paris Expo, Porte de Versailles. Pour cette nouvelle édition, le salon réunira les acteurs du commerce et de la technologie autour des grandes transformations du secteur, entre intelligence artificielle, omnicanalité, expérience client et nouveaux modèles économiques.
À quelques semaines de l’événement, E-Commerce Nation a échangé avec Karen Serfaty, CEO de Tech for Retail, pour décrypter les enjeux de cette édition 2026, les tendances qui redessinent le commerce et les temps forts à ne pas manquer.
1. À quelques semaines de Tech for Retail 2026, quel regard portez-vous sur les transformations du commerce depuis la dernière édition ? Quels changements vous semblent les plus marquants ?
En un an, le retail a changé de rythme. L’an dernier, on parlait encore beaucoup du potentiel des agentiques ; cette année, les dirigeants nous parlent de déploiement, de ROI et d’organisation. La question n’est plus « faut-il y aller ? » mais « comment passer à l’échelle ? ».
Trois changements me frappent particulièrement. D’abord, l’arrivée des assistants IA et des LLM dans le parcours d’achat : une partie de la recherche produit ne passe plus par un moteur de recherche ni par le site de l’enseigne. Ensuite, le retour en force du magasin, devenu un lieu augmenté, connecté, qui doit à la fois vendre, servir et informer.
Tout cela se fait dans un contexte économique exigeant, avec des marges sous pression. Les retailers n’ont plus le droit à l’erreur sur leurs choix technologiques.
Cette accélération se ressent aussi chez nous : notre surface d’exposition progresse de près d’un tiers par rapport à 2025, et Tech for Retail a rejoint le groupe Easyfairs cette année, ce qui nous donne les moyens d’accompagner cette croissance.
“En un an, l’IA est passée du showroom au compte d’exploitation. C’est le vrai tournant de cette édition.”
2. L’intelligence artificielle occupe désormais une place centrale dans les stratégies des retailers. Selon vous, est-on enfin passé de l’expérimentation à des usages capables de générer des résultats concrets ?
Oui, sans aucun doute. Ce que j’observe, c’est un écart grandissant entre les entreprises qui passent à l’industrialisation et celles qui en sont encore à multiplier les projets pilotes.
Les usages qui produisent des résultats sont souvent les moins spectaculaires : la prévision de la demande, le réassort, les achats, la création et l’enrichissement des fiches produits, le service client, la productivité des équipes au siège. C’est là que l’IA fait gagner du temps, de la marge et de la qualité de service.
Ce n’est pas un hasard si plusieurs conférences de cette édition posent précisément cette question : comment sortir de l’expérimentation pour passer à l’orchestration, ou encore ce qui a vraiment changé après un an d’annonces IA. Les visiteurs ne veulent plus de promesses, ils veulent des retours d’expérience chiffrés.
La condition du passage à l’échelle reste la même : une donnée propre, une gouvernance claire, et des équipes formées et embarquées. La technologie est rarement le frein principal.
« L’IA qui crée de la valeur, ce n’est pas celle qui impressionne en démo. C’est celle que les équipes utilisent tous les jours. »
3. Le commerce agentique fait partie des sujets émergents du secteur. Comment cette évolution pourrait-elle transformer la relation entre les marques, les distributeurs et leurs clients ?
C’est probablement le changement le plus profond que le e-commerce ait connu depuis l’arrivée du mobile. Demain, une partie des achats sera préparée, comparée, voire finalisée par un agent IA qui agit pour le compte du consommateur. Le client ne visitera plus forcément votre site : c’est son agent qui viendra chercher l’information.
Pour les marques comme pour les distributeurs, cela change les règles du jeu. Il ne suffit plus d’être visible pour un humain, il faut être lisible pour une machine. La donnée produit devient le premier levier de confiance : un prix, une disponibilité, une composition ou un label mal renseignés, et vous disparaissez de la recommandation. C’est d’ailleurs le thème d’une conférence que je trouve essentielle cette année, avec Carrefour, GS1, Mirakl et Ecocert.
Il y a aussi un vrai enjeu de relation client. Si l’agent devient l’intermédiaire, qui détient la relation, la donnée, la fidélité ? Les enseignes vont devoir choisir : ouvrir leurs catalogues aux agents, construire leurs propres agents, ou les deux.
Je reste convaincue d’une chose : plus l’achat utilitaire sera automatisé, plus la marque, l’émotion et le magasin compteront pour tout le reste.
« Demain, il ne suffira plus de séduire le client. Il faudra aussi convaincre son agent. »
4. Entre hausse des coûts, pression sur les marges et nouvelles attentes des consommateurs, les retailers doivent faire des choix technologiques de plus en plus stratégiques. Comment distinguer les innovations réellement créatrices de valeur des simples effets de mode ?
Un effet de mode, c’est souvent une solution qui cherche son problème. Une innovation créatrice de valeur part d’un irritant précis : pour le client, pour les équipes en magasin, pour la supply chain ou pour la marge.
Quand je discute avec les dirigeants, quelques questions simples reviennent pour faire le tri :
- Quel problème concret cette solution résout-elle, et pour qui ?
- Peut-on mesurer son impact en quelques mois, avec un indicateur business clair ?
- S’intègre-t-elle à notre système d’information existant sans tout reconstruire ?
- Nos équipes vont-elles réellement l’adopter ?
- Est-elle déployable sur 10, 100 ou 1 000 magasins ?
La bonne méthode, c’est de tester petit, mesurer vite, puis accélérer ou arrêter. Et d’accepter d’arrêter.
C’est aussi le rôle d’un salon comme Tech for Retail : confronter les promesses au terrain. Nous n’hésitons pas à poser des questions qui dérangent, comme sur le retail media, que nous abordons cette année sous l’angle « le nouvel eldorado… jusqu’à quand ? ».
« La meilleure technologie n’est pas la plus innovante. C’est celle qui est encore utilisée un an après son déploiement. »
5. L’omnicanalité n’est plus un concept nouveau, mais son exécution reste complexe. Quels sont, selon vous, les principaux obstacles qui empêchent encore les enseignes de proposer une expérience réellement fluide entre le digital et le magasin ?
Le premier obstacle n’est pas technologique, il est organisationnel. Beaucoup d’enseignes fonctionnent encore avec des équipes, des budgets et des objectifs séparés entre le web et le magasin. Tant qu’une vente initiée en ligne et finalisée en boutique ne profite pas aux deux, la fluidité restera un slogan.
Vient ensuite la donnée. Une vision unifiée du client et un stock fiable en temps réel, magasin par magasin, restent difficiles à obtenir. Or sans cela, le click & collect, l’e-réservation ou la vente à distance depuis le magasin créent plus de frustration que de satisfaction.
Il y a aussi l’héritage des systèmes d’information, souvent empilés au fil des années, et la question des équipes en magasin : sont-elles équipées, formées, et surtout incitées à servir le client quel que soit le canal ?
C’est pour cela que nous parlons désormais d’omnicommerce, voire de commerce unifié. Cette année, ADEO partagera sa vision avec sa Chief Omnicommerce Officer, et Auchan, Vusion et Accenture débattront de la manière dont la prochaine révolution du retail commence par le magasin.
« Le client, lui, n’a jamais été omnicanal. Il est simplement client. C’est à l’organisation de s’aligner sur lui. »
6. L’édition 2026 accueillera notamment Alexandre Bompard (Carrefour), des dirigeants de L’Oréal, LVMH, LEGO ou encore Vestiaire Collective. Que révèle la présence de ces grandes entreprises sur les priorités actuelles du retail européen ?
D’abord, que la transformation technologique est devenue un sujet de direction générale. Quand le PDG de Carrefour ouvre le salon, qu’une membre du comité exécutif de L’Oréal ou le Directeur Général Délégué de Danone prennent la parole, cela montre que la tech ne se pilote plus seulement depuis la DSI ou le digital. Elle se décide au plus haut niveau.
Ensuite, que les enjeux sont désormais partagés par tous les secteurs. La grande distribution, la beauté, le luxe, le jouet, la seconde main : ces modèles sont très différents, mais ils se posent les mêmes questions sur l’IA, la donnée, le magasin et la relation client. Voir LEGO expliquer comment il conquiert les adultes et transforme ses points de vente, ou Vestiaire Collective partager sa vision de la circularité, c’est extrêmement inspirant pour un distributeur alimentaire, et inversement.
Enfin, que le retail se pense de plus en plus à l’échelle européenne. Cette année, nous accueillons aussi des acteurs espagnols comme Dia et Mercadona, ainsi que la direction Europe d’Estée Lauder.
« Quand les dirigeants viennent eux-mêmes partager leurs choix, c’est que la technologie est devenue un sujet de stratégie, pas seulement d’outillage. »
7. Parmi les conférences et les temps forts de cette édition 2026, quels sont les rendez-vous que vous recommanderiez particulièrement aux dirigeants e-commerce et aux décideurs du retail ?
C’est difficile de choisir parmi plus de 200 conférences, mais pour un dirigeant e-commerce, je conseillerais quelques temps forts sur la Main Stage.
Le lundi 30 novembre :
- 9h20 – La keynote d’ouverture d’Alexandre Bompard, PDG de Carrefour, pour comprendre comment un grand distributeur européen pense sa transformation.
- 13h15 – « Agentic Commerce »
- 16h40 – « Les 10 commandements du retail » d’Olivier Dauvers, toujours lucide et stimulant.
- 14h40 – « Luxe et IA : les clients accélèrent, les Maisons suivent-elles ? ».
Le mardi 1er décembre :
- 9h40 – « Achats augmentés : quand l’IA négocie (presque) à votre place », avec L’Oréal, Carrefour, Artefact et Pascal Clouzard, cofondateur de Tech for Retail.
- 10h50 – « Retail media : le nouvel eldorado… jusqu’à quand ? ».
- 11h50 – « Un an d’annonces IA : ce qui a vraiment changé pour le retail », avec Shopify.
- 15h50 – « Commerce augmenté par l’IA : pourquoi la donnée produit devient le premier levier de confiance ? », à mon sens incontournable pour préparer le commerce agentique.
Et au-delà des conférences, je recommande vivement de passer du temps au Start-Up Village, avec plus de 90 startups : c’est souvent là que l’on repère les solutions de demain avant tout le monde.
« Le programme est dense, mais chaque dirigeant peut y construire son propre parcours, en fonction de ses priorités. »
8. Avec plus de 420 exposants, 200 conférences et 75 startups annoncés, Tech for Retail propose un programme particulièrement dense. Comment les visiteurs peuvent-ils organiser leur venue pour identifier les solutions et les rencontres les plus pertinentes pour leur activité ?
Mon premier conseil : venir avec deux ou trois priorités claires, pas avec une liste de vingt sujets. Un projet en cours, un irritant à résoudre, une décision à prendre dans les six mois.
Ensuite, préparer sa visite en amont :
- Parcourir le programme en ligne et bloquer dans son agenda les conférences qui répondent à ces priorités.
- Repérer dans la liste des exposants les solutions à rencontrer, et prendre rendez-vous avant le salon.
- S’inscrire aux visites guidées thématiques, qui permettent de découvrir en une heure les solutions les plus pertinentes sur un sujet donné.
- Découvrir le Start-Up Village et les pitchs, c’est là où se trouvent souvent les vraies pépites.
Et surtout, garder du temps libre dans son planning. Les meilleures rencontres sur un salon sont souvent celles que l’on n’avait pas prévues.
« Un salon réussi, c’est une visite préparée… et un peu de place laissée à l’imprévu. »
9. À travers les échanges avec les exposants, les enseignes et les partenaires du salon, percevez-vous des différences dans la manière dont les acteurs français et européens abordent leur transformation technologique ?
Je vois de plus en plus de convergence entre les retailers européens, même si chaque marché conserve ses spécificités.
En France, nous avons de véritables atouts dans l’expérience client, le magasin, le luxe et la beauté, avec une attention particulière portée à la personnalisation et à la relation client. La circularité et la seconde main sont également devenues des sujets majeurs.
Dans le sud de l’Europe, notamment en Espagne, je constate une approche très pragmatique, tournée vers des solutions concrètes et rapidement déployables. C’est d’ailleurs un sujet que nous aborderons cette année avec Dia, Mercadona et l’AECOC.
Les pays d’Europe du Nord se distinguent notamment par leur maturité numérique et leur intérêt pour l’automatisation, tandis que le Royaume-Uni possède un écosystème particulièrement dynamique dans le e-commerce et le retail media.
Mais ce qui me frappe surtout, c’est que les grandes préoccupations sont désormais les mêmes partout : comment tirer réellement parti de l’intelligence artificielle, améliorer la productivité, répondre aux attentes croissantes des consommateurs et garder la maîtrise de ses données ?
L’enjeu n’est plus simplement d’adopter de nouvelles technologies, mais de réussir à les déployer à grande échelle, avec des résultats mesurables.
Et face à la puissance des acteurs technologiques américains et asiatiques, la question de la souveraineté numérique devient également stratégique pour l’ensemble du retail européen.
“Ce qui rapproche les retailers européens est aujourd’hui beaucoup plus fort que ce qui les distingue. Et je suis convaincue que Paris a un rôle essentiel à jouer pour les réunir, partager leurs expériences et accélérer ensemble la transformation du commerce.”
10. Pour conclure, si un dirigeant e-commerce ne devait retenir qu’une seule raison de participer à Tech for Retail les 30 novembre et 1er décembre prochains, laquelle serait-ce ?
Gagner du temps sur ses décisions. En deux jours, au même endroit, un dirigeant peut voir toute la chaîne de valeur du commerce, de la supply chain au magasin en passant par l’IA et la donnée, rencontrer les solutions, et surtout échanger avec des pairs qui ont déjà fait les choix qu’il s’apprête à faire.
Dans un contexte où chaque investissement doit être justifié, entendre ce qui a fonctionné, et ce qui n’a pas fonctionné, chez Carrefour, L’Oréal, LVMH ou ADEO, c’est un raccourci précieux.
Tech for Retail, c’est plus qu’un salon : c’est une communauté qui réinvente le commerce, et qui le fait ensemble. Rendez-vous les 30 novembre et 1er décembre à Paris Expo Porte de Versailles, Hall 7.2.
« Venir à Tech for Retail, c’est s’offrir en deux jours plusieurs mois d’avance sur sa feuille de route. »
