Emballage réutilisable e-commerce : le modèle de reverse logistique de La Poste et Aroma-Zone
Le réemploi des emballages e-commerce se heurte à une difficulté très concrète : faire revenir suffisamment de contenants pour que la boucle soit à la fois viable économiquement et pertinente sur le plan environnemental. La Poste et Aroma-Zone veulent tester cette équation grandeur nature avec une expérimentation lancée en septembre 2026 autour des emballages réemployables d’Opopop.
Pendant six mois, certaines commandes Aroma-Zone sont livrées par Colissimo dans 22 relais commerçants Pickup, répartis en Île-de-France, en Occitanie et en Provence-Alpes-Côte d’Azur. Citeo accompagne le projet financièrement et opérationnellement. L’objectif dépasse le simple test d’un nouvel emballage : il s’agit d’évaluer une véritable chaîne de reverse logistique, depuis la restitution par le consommateur jusqu’au reconditionnement et à la remise en circulation.
Cette expérimentation intervient alors que les exigences autour des emballages e-commerce se renforcent progressivement en Europe. Nous avons récemment détaillé les conséquences du règlement PPWR sur les emballages e-commerce et leur recyclabilité, qui pousse les marchands à revoir leurs choix de conditionnement, leur recyclabilité et, à terme, leurs modèles de réemploi.
Le retour de l’emballage est intégré au parcours de livraison
Aroma-Zone expédie certaines commandes dans des contenants réemployables fournis par Opopop. Colissimo les livre ensuite dans les relais Pickup participant au dispositif.
Au moment du retrait, le consommateur dispose de deux possibilités :
- ouvrir immédiatement son colis, récupérer ses produits et déposer l’emballage vide dans une borne dédiée ;
- repartir avec le contenant et le restituer ultérieurement, dans son relais Pickup ou via une boîte aux lettres de rue.
Ce choix cherche à résoudre l’un des principaux freins de l’économie circulaire appliquée au e-commerce : le retour unitaire. Plus la restitution nécessite une action supplémentaire : affranchissement, déplacement spécifique ou préparation d’un retour, plus le risque de perdre l’emballage hors de la boucle augmente.
La Poste tente donc de rapprocher la reverse logistique du dernier kilomètre déjà parcouru par le client. Des notifications de suivi ainsi que des supports d’information installés dans les relais doivent rappeler le fonctionnement et favoriser le taux de restitution.
Colissimo, Pickup et Log’issimo mutualisent la reverse logistique
L’expérimentation repose sur la coordination de plusieurs entités de La Poste. C’est cette intégration de la supply chain qui doit permettre de passer d’un retour individuel à une collecte massifiée.
Concrètement :
- Colissimo assure l’expédition des commandes et les notifications adressées aux clients ;
- Pickup fournit les points de retrait et de restitution ;
- Log’issimo récupère les contenants regroupés dans les relais et organise leur acheminement ;
- Opopop assure ensuite leur contrôle, leur nettoyage et leur reconditionnement avant une nouvelle utilisation.
Les emballages ne repartent donc pas un par un. Ils sont regroupés dans des contenants dédiés puis collectés lorsque le seuil de remplissage est atteint. Cette massification des flux retour est essentielle pour limiter les kilomètres supplémentaires, mutualiser le transport et réduire le coût de traitement par emballage.
Thibaut Lamaury, Directeur Innovation et Partenariats de Colissimo, résume l’enjeu : « L’intérêt du test repose en grande partie sur la massification que l’on peut obtenir. »
Reposte : Colissimo veut aussi standardiser les emballages réemployables
Autre élément important pour une éventuelle industrialisation : Colissimo a développé le label Reposte, destiné à évaluer les solutions d’emballages réemployables selon des critères techniques et environnementaux.
Ce type de certification répond à une problématique souvent sous-estimée. Intégrer un contenant réutilisable dans une supply chain e-commerce implique qu’il soit compatible avec les outils de tri, les flux de transport, les contraintes de manutention et plusieurs cycles successifs de livraison.
Les boîtes réemployables utilisées pendant l’expérimentation peuvent supporter jusqu’à 20 cycles d’expédition. Le bilan environnemental commencerait à devenir favorable par rapport à un carton recyclé à usage unique après environ 3 à 5 utilisations, avec une réduction des émissions de CO2 pouvant aller jusqu’à 50% lorsque le contenant est suffisamment réemployé.
Ces estimations montrent pourquoi la performance environnementale dépend directement de la performance logistique : sans retour, il n’y a pas de réemploi.
Taux de retour, réemploi et coût logistique : les indicateurs à surveiller
La Poste et Aroma-Zone vont donc suivre plusieurs données au cours de l’expérimentation : taux de retour des emballages, taux de réemploi effectif et efficacité des messages d’incitation. Une étude consommateurs doit compléter les observations opérationnelles.
Pour les e-commerçants, d’autres indicateurs seront particulièrement importants pour juger de la viabilité du modèle : coût de collecte par contenant, nombre moyen de rotations, taux de perte, coût du reconditionnement ou encore impact du dispositif sur l’expérience de livraison.
Le test doit par ailleurs être étendu à d’autres e-commerçants membres de la coalition consacrée au réemploi des emballages e-commerce, pilotée par Circul’R. L’élargissement permettra de vérifier si une infrastructure mutualisée peut fonctionner avec davantage de volumes, de marques et de typologies de commandes.
Lilian Grandrie-Kalinowski
COO chez E-Commerce Nation depuis plus de 7 ans. Passionné par l’écosystème e-commerce et retail, Lilian pilote l’acquisition chez E-Commerce Nation depuis 2019. Fort d’une vision 360° du secteur, il transforme les données complexes en insights actionnables pour les décideurs. Auteur de plus de 350 articles de référence sur le média, il est une voix reconnue du e-commerce en France.
