Mango investit 66 millions d’euros en France pour ouvrir 45 magasins d’ici 2028
Mango accélère en France. L’enseigne espagnole de prêt-à-porter va investir 66 millions d’euros entre 2026 et 2028 pour ouvrir 45 nouveaux points de vente dans l’Hexagone. Annoncé lors du sommet Choose France à Versailles, puis précisé par l’entreprise, ce plan prévoit un rythme de 15 ouvertures par an et la création d’environ 15 emplois par magasin, soit près de 700 postes à la clé.
Cette annonce intervient dans un contexte délicat pour le prêt-à-porter français, marqué ces dernières années par les difficultés de plusieurs enseignes comme Camaïeu, Minelli ou Jennyfer. À contre-courant de cette tendance, Mango poursuit son développement en misant sur un modèle omnicanal associant magasins, e-commerce et solutions phygitales. Présente en France depuis 1994, l’enseigne considère l’Hexagone comme son premier marché international et y exploite aujourd’hui plus de 250 points de vente dans plus de 170 villes, en complément de ses activités en ligne.
Le magasin reste central dans la stratégie de Mango
Le plan annoncé par Mango montre que le magasin n’a pas disparu de l’équation du retail mode. Il change plutôt de rôle. L’enseigne veut renforcer son maillage commercial en combinant présence physique, vente en ligne et solutions phygitales pour améliorer l’expérience client.
Cette logique s’inscrit dans une trajectoire de long terme. Après son implantation à Montpellier en 1994, Mango s’est d’abord développée dans les grandes villes françaises comme Paris, Toulouse, Lille, Nîmes ou Strasbourg. À la fin des années 2000, la marque a ouvert plusieurs flagships importants, notamment à Haussmann et La Défense à Paris, mais aussi rue de la République à Lyon et dans le centre commercial Rivetoile à Strasbourg.
Depuis les années 2010, la stratégie s’est progressivement élargie aux villes secondaires. C’est même devenu un pilier de son réseau actuel : plus de 80% des points de vente Mango en France sont situés dans des petites et moyennes villes. Le futur plan d’expansion va prolonger cette logique, avec des ouvertures réparties entre grandes métropoles, villes moyennes et petites villes. L’enseigne prévoit aussi de faire ses débuts dans 10 nouvelles localités.
Mango ne mise pas uniquement sur les vitrines premium des grandes capitales régionales. La marque cherche aussi la proximité, la capillarité et la couverture territoriale. Dans un marché où le coût d’acquisition digital augmente, le magasin reste un point d’ancrage local, un outil de visibilité et un support d’omnicanalité.
Choose France : Mango rejoint une séquence d’investissements retail et logistique
L’annonce de Mango s’inscrit dans une édition de Choose France très marquée par les investissements liés au commerce, à la distribution et à la logistique. Ces derniers jours, plusieurs groupes ont confirmé des engagements significatifs en France, à commencer par Amazon, qui investit 400 millions d’euros dans quatre nouveaux sites logistiques en France, mais aussi DHL, qui veut renforcer ses capacités logistiques dans l’Hexagone ou encore InPost, qui investit massivement en France pour accélérer Mondial Relay et les lockers.
Dans cette séquence, Mango apporte un angle différent. Là où Amazon, DHL ou InPost investissent dans les infrastructures de flux, de tri ou de livraison, l’enseigne catalane mise sur le point de vente. Mais les deux sujets se rejoignent : le commerce physique et la logistique deviennent les deux faces d’une même stratégie omnicanale. Le magasin sert à vendre, mais aussi à renforcer la notoriété locale, faciliter les retours, soutenir les parcours digitaux et ancrer la marque dans les territoires.
Le sommet Choose France donne également une dimension politique à l’annonce. Emmanuel Macron a salué l’investissement de l’enseigne sur X d’un « Mango choisit la France (…) ¡Gracias ! ». Comme pour d’autres annonces récentes, le commerce devient un marqueur d’attractivité économique, avec des investissements visibles, des emplois locaux et des implantations dans les territoires.
45 ouvertures dans un marché du prêt-à-porter fragilisé
L’investissement de Mango détonne car il arrive dans une période difficile pour la mode en France. Plusieurs enseignes de prêt-à-porter ont connu de fortes turbulences, fragilisées par la baisse de fréquentation en magasin, la pression des loyers, l’évolution des arbitrages de consommation et la concurrence des plateformes internationales.
Dans ce contexte, l’annonce de 45 ouvertures prend une dimension particulière. Elle ne signifie pas que le magasin redevient automatiquement rentable pour tout le secteur. Elle montre plutôt que les enseignes capables de maîtriser leur image, leur offre, leur réseau et leur digital peuvent encore investir dans le physique.
Mango affiche une dynamique favorable. En France, l’entreprise revendiquait en 2025 une croissance de plus de 20% de son chiffre d’affaires sur cinq ans, selon les propos de son directeur France, Yann Bayon. À l’échelle mondiale, le groupe a réalisé 3,8 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2025, contre 3,34 milliards en 2024, avec 242 millions d’euros de bénéfice net, en hausse de 11% sur un an.
Cette croissance repose sur deux moteurs complémentaires : l’ouverture de magasins et le digital. Mango indique que les ventes en ligne représentent environ un tiers de son chiffre d’affaires, tandis que le groupe a ouvert plus de 260 nouvelles boutiques en 2025 dans le monde. La France s’inscrit donc dans une stratégie globale d’expansion, et non dans une opération isolée.
Un développement tourné vers les villes moyennes et le phygital
Pour les e-commerçants et les retailers, le point le plus intéressant réside dans le choix des implantations. Mango veut renforcer les grandes villes, mais aussi continuer à densifier son réseau dans les territoires. La marque a récemment ouvert un magasin femme de 450 m² à Saint-Nazaire, au sein du centre commercial Ruban Bleu, illustrant cette volonté de toucher des bassins de consommation hors des seules métropoles.
L’enseigne reste aussi attentive aux grands projets urbains. Elle prévoit notamment de s’installer dans le futur quartier Canopia à Bordeaux, près de la gare Saint-Jean, un projet de renouvellement urbain porté par Apsys. Cette double approche, entre centres commerciaux régionaux, villes moyennes et nouveaux projets métropolitains, montre une stratégie de couverture assez fine.
Mango développe par ailleurs ses concepts Home et Teen, avec notamment un premier magasin français dédié à Lyon l’an passé. Cette diversification permet d’élargir les occasions de visite et de renforcer la valeur du point de vente. Pour une enseigne de mode, le magasin ne sert plus seulement à vendre des vêtements. Il devient un lieu d’expérience, de découverte, de retrait, de retour et parfois de test de nouvelles catégories.
Lilian Grandrie-Kalinowski
COO chez E-Commerce Nation depuis plus de 7 ans. Passionné par l’écosystème e-commerce et retail, Lilian pilote l’acquisition chez E-Commerce Nation depuis 2019. Fort d’une vision 360° du secteur, il transforme les données complexes en insights actionnables pour les décideurs. Auteur de plus de 350 articles de référence sur le média, il est une voix reconnue du e-commerce en France.
