Mode : Douche froide en décembre (-4,5%), les enseignes misent tout sur les soldes d’hiver
La fin d’année 2025 restera comme un rendez-vous manqué pour le commerce de mode. Selon le Panel Retail Int. pour l’Alliance du Commerce, les enseignes d’habillement enregistrent en décembre une baisse de -4,5% de leur chiffre d’affaires en magasin par rapport à décembre 2024. Un décrochage net, sur un mois censé concentrer une part décisive des ventes annuelles.
Derrière ce chiffre, le panel met en lumière une réalité plus profonde : la consommation reste durablement contrainte, même en période de fêtes. Météo défavorable, arbitrages budgétaires, effet Black Friday et concurrence des plateformes internationales ont créé un cocktail défavorable pour les enseignes.
-4,5% en décembre : un choc sur une période stratégique
Le panel, établi à périmètre constant entre le 1er décembre 2025 et le 30 décembre 2025, confirme un repli marqué de l’activité en magasin. Ce n’est pas un simple tassement, mais une vraie rupture par rapport aux attentes de fin d’année.
Cette baisse est d’autant plus significative qu’elle intervient après un automne déjà fragile. Autrement dit : décembre n’a pas joué son rôle de rattrapage.
Pour de nombreuses enseignes, cela signifie :
- des objectifs annuels manqués,
- des stocks plus élevés que prévu,
- et une pression accrue sur la trésorerie à l’entrée de 2026.
Météo douce + Black Friday : le duo qui a plombé les ventes
Deux facteurs conjoncturels ressortent nettement.
1. La météo, premier ennemi des collections hiver
Jusqu’au 20 décembre, les températures sont restées particulièrement douces. Résultat :
manteaux, doudounes et grosses pièces chaudes sont restés en rayon. Or, ce sont précisément ces catégories qui portent la marge des enseignes en fin d’année.
Sans besoin climatique, le déclencheur d’achat ne s’est pas produit.
2. L’effet Black Friday, désormais structurant dans les comportements
Une partie des dépenses s’est déplacée vers fin novembre, lors du Black Friday. Les consommateurs ont anticipé, asséchant le début du mois de décembre.
Le panel note bien un léger regain d’activité à partir de la semaine du 22 décembre, mais trop tardif pour inverser la tendance mensuelle.
Tous les emplacements dans le rouge, les centres commerciaux en première ligne
Contrairement à certains mois où les retail parks ou les zones périphériques résistent, décembre 2025 est négatif partout.
Le détail des performances :
- Centres commerciaux de centre-ville : -6,4%
- Centres commerciaux de périphérie : -6%
- Magasins sur rue en centre-ville : -3,9%
- Zones d’activités commerciales & retail parks : -3,7%
Les centres commerciaux paient le plus lourd tribut. Ce sont pourtant historiquement des locomotives de trafic en période de fêtes.
Fréquentation en chute, panier sous pression : la double peine
Autre enseignement clé du panel : la fréquentation en magasin recule de -4,4% sur le mois.
En parallèle :
- le taux de transformation progresse de +1,2%,
- mais le panier moyen recule de -1,2%.
Autrement dit :
Les clients qui viennent achètent, mais ils viennent moins nombreux et dépensent moins.
C’est une équation défavorable pour les enseignes :
- moins de trafic,
- des paniers plus petits,
- et une dépendance accrue à la promotion pour déclencher l’achat.
Alerte : le e-commerce de mode recule aussi (-3,8%)
En décembre, les ventes en ligne reculent de -3,8%, un niveau proche de la baisse observée en magasin. Contrairement aux années post-Covid, le digital ne joue plus le rôle d’amortisseur.
Cela confirme plusieurs réalités :
- le canal est arrivé à maturité,
- la concurrence est extrême,
- et les arbitrages budgétaires touchent tous les points de contact.
Consommation contrainte et concurrence extra-européenne : la pression s’accumule
Dans sa prise de parole, Yohann Petiot, directeur général de l’Alliance du Commerce, ne mâche pas ses mots. Il évoque une consommation durablement contrainte, mais aussi une distorsion de concurrence liée aux plateformes extra-européennes qui contournent massivement les règles.
L’enjeu est double :
- économique, avec une pression directe sur les prix et les marges,
- structurel, avec un risque pour un commerce de mode créateur d’emplois et de valeur dans les territoires.
Dans un marché déjà affaibli, la concurrence de Shein, Temu et consorts agit comme un accélérateur de fragilisation.
Les soldes d’hiver 2026 : plus qu’un temps fort, une opération de sauvetage
Dans ce contexte, les soldes d’hiver ne sont pas un simple rendez-vous commercial, mais un levier stratégique majeur.
Objectifs pour les enseignes :
- recréer du trafic en magasin,
- écouler des stocks hivernaux gonflés,
- et surtout générer du cash rapidement.
Pour beaucoup d’acteurs, janvier conditionnera la capacité à investir, recruter et renouveler l’offre au premier semestre.
On n’est plus dans une logique d’animation commerciale, mais dans une gestion de survie pour certaines structures.
Ce que ces chiffres changent concrètement pour votre stratégie 2026
Derrière la baisse de -4,5%, plusieurs enseignements opérationnels se dégagent.
1. La fin du modèle “volume + promo”
Le trafic ne revient plus naturellement. La promotion seule ne suffit plus.
La valeur client, la différenciation et la fidélisation deviennent centrales.
2. L’omnicanalité ne protège plus
Quand le web baisse autant que le magasin, le problème n’est plus le canal, mais l’offre, le prix ou la désirabilité.
3. L’agilité devient un avantage concurrentiel
La météo a montré son impact direct. Cela impose :
- une gestion de stock plus flexible,
- des cycles plus courts,
- et une capacité à adapter rapidement l’offre.
4. La pression prix va s’intensifier
Avec la concurrence extra-européenne et les arbitrages budgétaires, la bataille se jouera sur le rapport valeur/prix perçu, pas seulement sur le prix facial.
Conclusion : décembre acte la fin des illusions, 2026 sera une année de choix
Le mois de décembre 2025 ne signe pas un accident, mais confirme une tendance de fond : la mode évolue dans un marché plus dur, plus rationnel, plus concurrentiel.
Pour les enseignes, l’enjeu n’est plus de “retrouver la croissance”, mais de sécuriser leur modèle :
- mieux piloter les stocks,
- affiner la lecture client,
- travailler la valeur plutôt que le volume.
Les soldes d’hiver seront le premier test grandeur nature.
Ceux qui les aborderont avec une stratégie claire gagneront du temps. Les autres subiront.
Lilian Grandrie-Kalinowski
COO chez E-Commerce Nation depuis plus de 7 ans. Passionné par l’écosystème e-commerce et retail, Lilian pilote l’acquisition chez E-Commerce Nation depuis 2019. Fort d’une vision 360° du secteur, il transforme les données complexes en insights actionnables pour les décideurs. Auteur de plus de 350 articles de référence sur le média, il est une voix reconnue du e-commerce en France.
