Recommerce : 121 milliards d’euros en Europe, les marketplaces raflent 74% du marché
Longtemps perçue comme un segment de niche, la seconde main change officiellement d’échelle. Le dernier rapport de Cross-Border Commerce Europe confirme une bascule majeure : en un an, le marché européen du re-commerce a bondi de +18% pour atteindre 121 milliards d’euros de volume d’affaires (GMV). Dans cette course rapide, un acteur rafle la mise : les marketplaces, qui concentrent désormais 74% du volume, soit 90 milliards d’euros.
Une croissance qui dépasse le e-commerce traditionnel
Alors que le e-commerce classique arrive à maturité dans de nombreux pays européens, le re-commerce affiche une dynamique nettement plus agressive. +18% de croissance en un an, c’est un rythme rarement observé sur des marchés déjà massifs.
Cette accélération repose sur un chiffre clé : 85% des consommateurs européens achètent ou vendent désormais régulièrement des produits de seconde main. La pratique est entrée dans les usages quotidiens.
Projection 2026 : selon Cross-Border Commerce Europe, le re-commerce devrait représenter 14% du GMV total online en Europe. Autrement dit, près d’un euro sur sept dépensé en ligne concernera un produit de seconde vie.

Marketplaces : la colonne vertébrale du re-commerce européen
Le rapport met en évidence une réalité souvent sous-estimée : les marketplaces sont encore plus dominantes dans le re-commerce que dans le cross-border classique.
- 74% du GMV re-commerce est généré par des marketplaces
- Contre 70% dans le cross-border e-commerce global
Pourquoi une telle domination ? Parce que ces plateformes savent industrialiser trois éléments clés :
- la confiance (authentification, paiement, litiges),
- la logistique (collecte, tri, reconditionnement, redistribution),
- l’expérience utilisateur (parcours fluides, garanties, retours).
Top 10 des marketplaces durables : les nouveaux standards
Le classement 2025 des Top 10 Sustainable Marketplaces Europe met en avant des acteurs qui ont su industrialiser la seconde main :
- Back Market (électronique reconditionné)
- Etsy (artisanat, vintage)
- OLX Group (généraliste C2C)
- Refurbed (électronique reconditionné)
- eBay (généraliste)
- MPB (photo / vidéo)
- Vestiaire Collective (luxe)
- Sellpy (mode)
- CeX (tech, gaming)
- Collector Square (luxe)

Particularité importante : le classement est pondéré par la performance environnementale. Back Market, par exemple, bénéficie d’un score plein grâce à un modèle 100% orienté vers le reconditionné, tandis que le score d’Amazon est ajusté proportionnellement à ses pratiques.
L’analyse est claire : la prime va aux spécialistes capables d’industrialiser la confiance, pas aux simples plateformes de petites annonces.
Mode, beauté, électronique : les secteurs sous pression
C’est dans la mode et la beauté que la transformation est la plus visible. Le rapport projette que le re-commerce représentera 7,4 à 7,8% du marché fashion & beauty en 2026, contre 6,9% en 2025.
Cette progression est portée par une double tension :
- pression sur le pouvoir d’achat,
- exigence croissante de responsabilité environnementale.
Le consommateur ne veut plus choisir entre “moins cher” et “plus responsable”. Il attend les deux.
Dans l’électronique grand public, le mouvement est déjà bien engagé, porté par :
- le reconditionné,
- l’élévation des standards qualité,
- et la sécurisation des parcours d’achat.
IA, logistique et tech : la fin de la seconde main artisanale
Le rapport insiste sur un point : le re-commerce n’est plus artisanal, il devient tech-first.
Trois leviers ressortent clairement :
L’IA
Elle est utilisée pour :
- optimiser le pricing,
- améliorer la mise en relation offre/demande,
- personnaliser les recommandations.
La logistique intelligente
Automatisation du tri, du contrôle qualité, de la remise en état et de la redistribution. Le re-commerce se rapproche des standards industriels du neuf.
La réalité augmentée et les outils visuels
Notamment en mode, beauté et décoration, pour projeter les produits et réduire les freins à l’achat.
Résultat : le consommateur attend désormais la même fluidité, la même fiabilité et la même qualité de service que sur un site e-commerce classique.
Le passeport produit numérique : nouveau socle de confiance
Autre point clé du rapport : l’essor des digital product passports (DPP).
Grâce aux QR codes, tags NFC et technologies blockchain, ces passeports permettent :
- de tracer l’origine des produits,
- de documenter les matériaux et procédés,
- d’authentifier les articles (notamment dans le luxe),
- de sécuriser la revente.
Au-delà de la lutte contre la contrefaçon, ces outils créent un socle de transparence indispensable à la montée en puissance du re-commerce.
Pour les marques, c’est un chantier stratégique. Sans traçabilité, pas de circularité crédible.
Conclusion : la seconde main n’est plus un “à-côté”
Avec 121 milliards d’euros de GMV, une croissance à deux chiffres et 85% de consommateurs déjà engagés, le re-commerce est désormais un pilier du commerce européen.
Car en 2026, la performance ne se jugera plus seulement sur la vente de produits neufs, mais sur la capacité à organiser, capter et monétiser la rotation des produits existants.
Lilian Grandrie-Kalinowski
COO chez E-Commerce Nation depuis plus de 7 ans. Passionné par l’écosystème e-commerce et retail, Lilian pilote l’acquisition chez E-Commerce Nation depuis 2019. Fort d’une vision 360° du secteur, il transforme les données complexes en insights actionnables pour les décideurs. Auteur de plus de 350 articles de référence sur le média, il est une voix reconnue du e-commerce en France.
